LE MARQUIS DE MORTEMART
QUE j'aime en vous, mon cher marquis, Cet esprit sain, ce tact exquis !
Ce que donne l'expérience, Vous ne sauriez l'avoir acquis, Vous l'avez deviné d'avance.
A vingt ans vous fuyez la cour, Tout ce qu'à votre âge on encense.
Le jeu, les fêtes et l'amour,
Pour vous mûrir dans le silence.
Votre âme s'accroît, elle pense ;
Dans le travail de chaque jour
Vous voyez votre récompense.
L'amitié, mère du bonheur,
Divinité des cœurs honnêtes,
Est sûre, partout où vous êtes,
De trouver un adorateur.
En dépit de la flatterie,
Cz Chevalier de Bonnard.
Du rang et de la dignité,
Vous garderez, je le parie,
Votre amour pour la vérité,
L'indifférence réfléchie
Pour ce qui n'est que vanité.
Et cette sensibilité
Qui fait le charme de la vie
Et mène à la félicité.
Le public, ce juge volage,
Qui loue et qui blâme au hasard,
Admirant ce rare assemblage.
Deviendra juste à votre égard
Et dira de vous tôt ou tard
Que vous joignez l'âme d'un sage
A tout l'esprit des Mortemart.