‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 3 sur 106 · I. Voici cette k-ttre · texte numérisé non relu

I. Voici cette k-ttre

« C'est avec une vraie peine, monsieur, que je vous vois quitter l'éducation de mes enfants que vous avez dirigés avec tant de soin. Pour vous prouver ma satisfaction, je me ferai, dans toutes les circonstances qui pourront vous intéresser, un

et les œuvres de Bonnard. xxv

Bonnard après sa démission. L'indiscrétion ne pouvait sans doiitc avoir de bien grands inconvénients, puisque cette plaquette n'avait point été mise en ve7ite. Néanmoins, il est hors de doute que le sieur Didot alla passer pour ce fait quarante-huit heures à la Bastille. Il ne faisait pas bon, comme on voit, mécontenter le pédagogue féminin du Palais-Royal, M'"' la comtesse de Genlis a jugé à propos de passer sous silence cette ridicule vengeance.

Mais laissons là y]/'"^ de Genlis et ses attaques injicrieuses pour revenir à celui qu'elle a tâché de ridiculiser sa7is raison comme sans dignité.

Dès qiLe Bernard de Bonnard s'était vu assuré d'une sitxiation qui le mettait à l'abri des hasards de la vie, il avait songé à se marier (1780).

Dans cette vie où nous ne sommes Que pour un temps sitôt fini, L'instinct des oiseaux et des hommes Sera toujours de faire un nid.

plaisir de vous donner des preuves de mon amitié et de mon estime. Je vais travailler à rétablir votre activité militaire, en vous attachant à un de mes régiments. Je vous conserverai les appointements dont vous jouissez, en qualité de sous-gouverneur de mes enfants, et le logement que vous occupez au Palais-Royal. Je souhaite que vous trouviez dans ces témoignages de ma bienveillance, monsieur, une assurance des sentiments que je vous conserverai toujours.

« L.-P.-J. d'Orléans. »

XXVI Notice sur la vie

Il épousa il/""^ Silvestre. M^^'^ Silvestrc avait quinze ans, Bonnard en avait trente-cinq. Le mariage fut heureux. Les poètes ont de ces chances. Ils font tant pour l'amour qîi'ils chantetit, que celui-ci vient qitelquefois à cîix. Bernard de Bonnard devint bientôt père. En 1784^ le poète avait deux enfants; et peut-être oubliait-il entre ces trois êtres adores le chagrin que lui avait cause son brusque départ du Palais-Royal. Aussitôt après sa disgrâce il avait été employé dans la province de Normandie auprès du duc dHarcourt. Au mois d'août 1783^ // avait été nommé chevalier de Saint-Louis. Il avait déjà le bonheur du foyer ; il avait la gloire de l'esprit j il pouvait espérer un honneur plus grand que celui qu'il avait eu. Des bruits circulaient : 07i ne parlait de rien moins que d'une éclatante revariche pour le sous-gouverneur dédaigné. Il était qicestion de coîifier à Bernard de Bonnard l'éducation du Dauphin. Tout allait de nouveau lui sourire et donner encore raison à cet ancien surnom oublié, hélas! /'homme heureux.

C'est da7is ces dispositions que Bonnard partit pour Semur dans le courant de l'été 1784. Arrivé là, il jugea le inome7it opportun pour inoculer son fils. Il avait eu de si terribles exemples sous les yeux ! Des parents, des amis, l'un de ses frères étaient morts de la petite vérole. Le frère qui lui restait, soti compagnon d'armes, avait aussi payé le tribut à la crticlle maladie. Quant à lui, il ne r avait point eue ; mais que devait-il craindre? N'avait-il pas, tandis qic'il dirigeait l'éducation des enfants dît duc de Chartres, surveillé et soigné ses élèves dans une circonstance analogue? Devait-il do7ic laisser à d'autres le soin de son enfant? Il resta auprès de son

et les œuvres de Bonnard. xxvii

Jils. La petite vérole se déclara bientôt, et trois ou quatre jours après Bernard de Bonnard portait la peine de son dévouement ^. // était mort à quarante-deux ans.

C'était un honnête homme, sinon un grand poète qui s'en allait. Jusqu'au dernier montent il était resté épris de poésie, cette passion de sa prime jainesse. On se sert des vers dajts sa jeunesse, écrivait-il, comme d'un bâton pour sauter un fossé, et qziand le fossé est sauté, on laisse là le bâton. Cependant, ajoutait-il tristement, il n'y a que ce bâton qui reste.

Bonnard , je l'ai déjà dit , n'eut qu'un ennemi : jlfiiie de Genlis. Quant à ses amis, il serait difficile de

1. La maladie de Bonnard se compliqua d'une humeur de goutte, à laquelle il avait toujours été sujet. On trouve souvent dans ses poésies des allusions à cette disposition maladive, et le chevalier de Bertin lui adressa même à cette occasion l'épître suivante qui fut imprimée dans V.Umanach des Muses de 1782 :

Eil-il hien vrai qu'en ce moment En proie au plus cruel martyre, O du Pinde rare ornement, Vos doigts engourdis tristement K'e peuvent plus pincer la lyre?

Je me souviens bien qu'autre/ois Menant tous deux joyeuse vie, A table auprès de Maillebois, Humant, buvant jusqu'à la lie Le vin d'Aï, le vin d'Arhois, Le Rivesalte et Je Hongrois, Et celui de Commanderie, Nous chantions d'une heureuse voix Thémire et Glycère et Sylvie.

Mais je me souviens bien aussi Que dès lors et prudent et sage Avec ce qu'il faut. Dieu merci, Pour ne l'clre qu'au dernier âge.

Tandis que d'un si bon courage,

XXVIII Notice sur la vie

les citer; toute la société brillante et spirituelle de la seconde moitié du siècle lui fit accueil et lui ouvrit ses portes. Partout oii il passait, les maius se tendaioit vers lui. C'est à Besançon qu'il connut les Mortemart. Lui-même a raconté dans des Souvenirs restés inédits cette anecdote qui montre sur quel pied notre poète vivait avec ses puissants amis : « Ces chers Mortemart, dit-il, en s' attendrissant un jour sur moji sort, disoient : Ce pauvre Bonnard! Il n'est pas riche; je parie qu'il n'a guère que cinq à six mille livres de rente. Ils jurent bien étonnés j quand je leur dis que j'en avais beaucoup moins. » Parmi ses amis tout à fait intimes, il convient

Me livrant à tous mes désirs,

Pourvu d'un moins riche héritage,

Je le semois sur mon passage,

El dévorais tous les plaisirs.

Vous, pour en jouir davantage,

Voluptueux épicurien.

De tout faisant un peu d'usage.

Vous n'abusiez jamais de rien.

De l'éternelle Providence

Admirons les desseins cachés!

C'est moi qui commis les péchés.

Et vous en faites pénitence.

Mais, croyez-moi, consolez-vous

D'un mal qui vous fait des jaloux,

Et songez que l'on vous contemple :

Disciple harmonieux et doux

De l'aimable goutteux du Temple,

Comme lui chéri tour à tour

Et du Dieu que l'on nomme Amour,

Et du puissant fils de Séméle,

Il ne vous manquoil aujourd'hui,

Pour égaler votre modèle,

Que d'être goutteux comme lui.

Mais votre gloire est plus brillante;

Vous devez vivre plus longtemps :

Car vous obtenez à trente ans

Ce qu'il n'eut, dit-on, qu'à soixante.

et les œuvres de Bonnard. xxix

de citer Dominique Garât et Gtùncaîi de Montbeillard. C'est ce dernier, qui, après la mort de Bonnard, arrivée le 24 septembre 1784^ se chargea de composer l'èpitaphe de son ami. Je crois que cette épitaphe est assez peu connue ; je la rapporterai ici. Elle mo7itre bien ce qu'était l'esprit de Queneau de Montbeillard. C'est, je pense, M . Nadault de Biiffon qui le premier l'a mise au joîir.

Ci-gît que la vertu pouvoit seule charmer ; Sa vie, hélas ! trop courte, en sut bien exprimer Et toujours soutenir l'auguste caractère : S'il approcha des grands, et s'il daigna' leur plaire, Ce fut pour la leur faire aimer.

Si l'homme a été aimable, l'écrivain lefitt. Les poésies de Eonnard sont l'image de son caractère. Il est impossible, quoi qu'on en ait dit, qu'un poète s'isole de son époqxie. Si V époque est petite , le poète qxii stiit l'impulsion, mais qui ne la donne pas, reste petit. Il semble que le sol littéraire, effrité par ces grands travailleurs du XVII* siècle, ait eu besoin de se reposer pendant près de cent cinquante ans, de 1690 à 1830. Né quelque soixante ans plus tard , Bonnard m' apparaît tenant dans la pléiade romantiqtce une place honorable entre Alfred de Musset et Augîtste Brizeu.v. Il n'eût petit-être pas

I. En province : '( s'il daigna n. A Paris : « s'il voulut ». A la cjur « s'il osa » {sic sur le manuscrit). — Note de M. Nadault de Diiffon.

XXX Notice sur la vie

rêvé les Nuits, mais il eût soupiré Marie. Et je persiste à penser qu'il n'était pas né à mie époque favorable au développement de son génie, dans le sens le plus large de ce mot. Quoi qxi 'il en soit, Bonnard reste encore l'un des écrivains les plus naturels de cette époque maniérée. La Harpe, qui voyait juste quand il n'était pas aveuglé par quelque rancune de tragique trébuché, a rendu pleine et eîitière justice à notre poète. « Bonnard, ditil, était du petit nombre de ceux qui en otit su faire (des bons vers). Il était de la bojine école. Il écrivit avec pureté et élégance; il a de la vérité, de la délicatesse et de la grâce : o)i pourrait lui désirer quelquefois plus d'expression poétique et plus de précision dans les détails; ?nais en général son petit volume de poésies se lit avec plaisir, et, s'il y a des pièces faibles^ il y en a d'excelletttes. » Un autre avantage que La Harpe reconnaît au chevalier de Bonnard, c'est de ne pas donner dans les lieux communs.

Je ne pousserai pas plus loin ces appréciations qui ne feraieJtt que grossir inutilement cette notice déjà trop longxte. C'est, du reste, ait lecteur à juger du mérite de ces vers légers et sans prétention.

Les poésies de Bonnard furent, suivant la coutume de l'époque, éparpillées, dès leur êclosion, dans les recueils poétiques qui pullulaient alors, comme pullulent aujourd'hui les journau.x politiques. Ceux qui accueillirent plus spécialement les productions du poète semurois furent /'Alraanach des Muses et les Etrennes du

et les œuvres de Bonnard. xxxi

Parnasse. Mais il ne songea point de son vivant à rassembler en volume ces feuilles qu'il Jetait aït vent.

C'est en 1791 qu'jute main pieuse réunit pour la première fois ces épaves poétiques sous le titre de Poésies diverses de M. de Bonnard, i vol. in-%^. Paris, Desenne. En tête se trouve une notice anonyme qu'on a attribuée à Sautereaic de Marsy et aussi à Dominique Garât. Cette édition contenait, outre les pièces déjà parues ça et là, quelques pièces nouvelles fournies par le frère de l'auteur.

En 1824, une nouvelle édition de ces poésies, augmentée de pièces inédites communiquées par le fils de l'auteur et précédée d'une notice nouvelle anonyme, parut, dans le format in-iS, à la librairie Roux-Durfort aîné. Ces deux éditions sont ornées d'un portrait dijjércnt de l'auteur. Celle de 1824 reproduit l'épigraphe que l'auteur avait inscrite en tête de ses manuscrits :

Me quoque vatem

Dixerunt Nymphos, sed non ego credulus illis.

Deux ans après, en 1828^ paraissait u?ic troisième édition dans la Bibliothèque miniature, in-2,2. C'est la reproduction de l'édition de 1824, sauf la notice, qui est plus étendue et qui est signée J. R.

Enfin, les poésies de Bonnard ont été de nouveau publiées en entier dans les Petits poètes français depuis Malherbe jusqu'à nos jours, avec des notices biographiques et littéraires sur chacun d'eux, par Prosper Poitevin. Paris, Dcsrez, 1839, p. 250 à 295. Cette der- Jiière publication pait partie du Panthéon littéraire.

Comme documents à consulter sur la vie et les œuvres

XXXII Notice sur la vie de Bonnard.

de Bernard de Bonnard, il faut citer d'abord le Précis historique de la vie de M. de Bonnard, /«r M. Garât, I vol. i7i-2^. Paris, de l'imprimerie de Monsieur, 1785. — Il a paru de ce Précis historique tine contrefaçon avec un supplément formé de pièces contre M"" de Genlis. Ce supplément, très rare, a parti en 1787. La Bibliothèque nationale en possède un exemplaire. — Citons encore un éloge de Bonnard lu en 1785 à l'Académie de Dijon, dont notre poète faisait partie. On pourra aussi consulter avec fruit les Mémoires secrets dits de Bachaumont et la Correspondance de Grimm.

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