‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 42 sur 106 · Almanach des Muses · texte numérisé non relu

Almanach des Muses

Affligez-moi sans indulgence;

Point d'obligeante obscurité :

Dire une fois la vérité

s Ne tire point à conséquence.

D'honneur! l'amour est sans pitié.

En butte à sa rage inhumaine,

Esclave très humilié,

Avec du temps et de la peine.

En me débattant dans ma chaîne,

Enfin je m'étois délié;

Et fuyant à travers l'orage,

Porté sur les flots, à la nage,

J'entrois au port de l'amitié.

Là, recueillant sur le rivage

Quelques débris de ma raison

Par bonheur sauvés du naufrage.

Détrompé de l'illusion,

Sans grands plaisirs, sans passion,

Vivant à peu près comme un sage,

J'avois, au défaut du bonheur,

La paix et le calme du cœur.

Loin de regretter son délire,

Je bravois l'amour, quand, hélas !

Je vis tes dangereux appas,

Tes jolis yeux et ton sourire,

Dont je ne me défiois pas.

Tu me parles, ta voix m'attire;

Tes yeux m'attaquent, je combats :

Mes projets, mon expérience,

Tu détruis tout cela d'un mot,

104 Chevalier de Bonnard.

Et je suis, presque sans défense, Pris dans tes filets comme un sot.

Quel destin ! coquette et légère, Aimant peu, ne songeant qu'à plaire.

Je vois qu'un amant bien loyal Jusqu'ici ne te convient guère ; Que ton cœur enfant lui préfère Les jeux, les pompons et le bal; Que sous ton empire inégal...

Mais qu'y faire enfin? je t'adore, Sans trop compter sur le retour, Et, leurré par toi dans ce jour, A tes pieds je m'empêtre encore Dans tous les gluaux de l'amour.

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