Almanach des Muses
Affligez-moi sans indulgence;
Point d'obligeante obscurité :
Dire une fois la vérité
s Ne tire point à conséquence.
D'honneur! l'amour est sans pitié.
En butte à sa rage inhumaine,
Esclave très humilié,
Avec du temps et de la peine.
En me débattant dans ma chaîne,
Enfin je m'étois délié;
Et fuyant à travers l'orage,
Porté sur les flots, à la nage,
J'entrois au port de l'amitié.
Là, recueillant sur le rivage
Quelques débris de ma raison
Par bonheur sauvés du naufrage.
Détrompé de l'illusion,
Sans grands plaisirs, sans passion,
Vivant à peu près comme un sage,
J'avois, au défaut du bonheur,
La paix et le calme du cœur.
Loin de regretter son délire,
Je bravois l'amour, quand, hélas !
Je vis tes dangereux appas,
Tes jolis yeux et ton sourire,
Dont je ne me défiois pas.
Tu me parles, ta voix m'attire;
Tes yeux m'attaquent, je combats :
Mes projets, mon expérience,
Tu détruis tout cela d'un mot,
104 Chevalier de Bonnard.
Et je suis, presque sans défense, Pris dans tes filets comme un sot.
Quel destin ! coquette et légère, Aimant peu, ne songeant qu'à plaire.
Je vois qu'un amant bien loyal Jusqu'ici ne te convient guère ; Que ton cœur enfant lui préfère Les jeux, les pompons et le bal; Que sous ton empire inégal...
Mais qu'y faire enfin? je t'adore, Sans trop compter sur le retour, Et, leurré par toi dans ce jour, A tes pieds je m'empêtre encore Dans tous les gluaux de l'amour.
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