‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 46 sur 106 · Dans VAlmanach des Muses, on lit · texte numérisé non relu

Dans VAlmanach des Muses, on lit

Que fais-tu de les cinq inuUresses ?

On se moqua de Dorât qui répondit :

// est passe, le temps lies cinq maîtresses.

Il en supprima trois; on rit encore, il rétablit les cinq. « Bonnard, dit La Harpe, avoit le défaut d'être un peu

Poésies diverses. m

Les gardes-tu? les sers-tu bien?

Leurs querelles et leurs caresses Ont-elles brisé ton lien?

Non, je le vois, tu t'en amuses.

A plaisir tourmentant leurs cœurs, Par jour tu leur fais cent noirceurs, Et tu n'es fidèle qu'aux Muses.

Ma foi ! tu prends le bon parti.

Je crois tes maîtresses fort belles; Mais les Muses le sont comme elles,

louangeur. Il adresse à... Dorât des flagorneries poétiques, qu'oa sait bien ne devoir pas être prises à la lettre, mais qu'on est toujours fâché de voir adressées à un mauvais écrivain. Il ne manque pas de le prendre par son foible, la prétention d'homme à bonnes fortunes.

Cher fripon, ne me cache rien : Que fais -lu de tes deux maîtresses?

et le cher fripon lui répond :

// s'est enfui, le temps des deux maîtresses.

Voilà du moins ce qu'on lit dans le recueil de Bonnard (édition de 1791) oii l'on a inséré la réponse de Dorât; mais on n'a pas oublié qu'il y avoit d'abord :

Que fais-tu de tes cinq maîtresses?

Et les cinq maUresses se trouvoient aussi dans la première édition de la réponse de Dorât. On se permit d'en rire un peu. Que fit-il? Dans une édition subséquente, il substitua Jeux à cinq, et le public de rire encore plus de cette modeste suppression. Que fit encore l'auteur dépité? Dans une troisième édition, il remit bravement les cinq maîtresses, en dépit des envieux et des rieurs. Il avoit raison ; il ne lui en coûtoit pas plus pour les cinq que pour les deux : tout cela étoit l'atfaire d'un trait de plume. »

Chevalier de Bonnard.

Et tu n'en seras point trahi.

Sois leur amant, sois leur ami.

Que tes vers dictés par les Grâces Soient applaudis par les Amours !

Vois naître en tous lieux sur tes traces Des roses qui vivront toujours.

Que ta plume aimable et chérie Peigne en se jouant nos travers !

Sois à jamais pour la patrie Le dieu fêté des jolis vers !

Domptant rivaux et beauté fière, Variant ton rapide essor, En débutant dans la carrière.

Tu la parcourois sans effort.

Vainqueur modeste et fait pour plaire, De concert avec les neuf Sœurs, Les ris badins ornoient de fleurs Ta casaque de mousquetaire.

Les ans n'ont point changé ton sort.

Sur le Parnasse et dans Cythère, Tu seras bien longtemps encor Général de troupe légère :

Honorable et brillant emploi, Pour qui l'on n'a donné qu'à toi La survivance de Voltaire.

Nous tous, faiseurs de madrigaux, De stance, épître familière, Tes soldats, et non tes égaux, Marchons gaîment sous ta bannière, En répétant tes vers nouveaux.

Le plaisir ! c'est ton cri de guerre.

Si nous portons à nos chapeaux Quelques brins de myrte et de lierre, Symbole et prix de nos travaux, Toi, notre chef, notre héros, Tu portes la couronne entière.

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