‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 49 sur 106 · A M. LE MARQUIS DE PEZAY · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE PEZAY

HOMME charmant, homme estimable^ Grand merci de tes jolis vers !

Grand merci de ta prose aimable !

L'un et l'autre me sont bien chers.

Mon cœur a reçu ton excuse; Rends-lui plus de justice, et croi, Lors même qu'il se plaint de toi, Que ce n'est pas toi qu'il accuse :

C'est ce pays d'enchantements, Ce pays brillant des surfaces, Et surtout des objets présents, C'est ce Paris où les talents, Les Jeux, les Amours et les Grâces- Remplissent si bien les moments.

On est entraîné, je le sens.

L'amitié, quand elle est absente.

1 Le marquis de Pezay mourut en 1778.

Poésies diverses. np

Perd quelque chose de ses droits :

Il faut qu'elle soit indulgente; Et lorsque dans cinq ou six mois On lui sait écrire une fois, Elle doit être bien contente.

Suis tes destins, aime et jouis, C'est l'amitié qui te l'ordonne ; Par tes chansons, par tes écrits, Charme à la fois les bons esprits Et la beauté qui te couronne.

Quant à moi, cloué dans Strasbourg,

Loin de toute littérature.

Loin des nouvelles de la cour,

Fidèle abonné du Mercure,

Connoissant par lui la brochure,

Le livre ou la pièce du jour.

Je coule en paix ma vie obscure,

Indifférent sur plus d'un point,

Laissant chacun dans son Eglise

Chanter, penser, vivre à sa guise,

Approuvant peu, ne blâmant point,

Et cependant plein de franchise;

Ne parlant guère aux généraux,

Fuyant la vanité gothique.

Les récits lourds, les vieux propos

De la noblesse germanique;

Les docteurs au savoir antique,

Aux longues phrases, aux grands mots;

La foule innombrable des sots,

Et même la bruyante clique

Chevalier de Bonnard.

De nos étourdis de héros.

Je me plais dans ma solitude :

J'y trouve ensemble et tour à tour

Le repos, l'amitié, l'étude,

Doux équivalents de l'amour.

Eh ! que me faut-il davantage ?

Mes six lustres bientôt complets

Ont fixé mon humeur volage;

Je me sens des désirs secrets,

Un certain besoin d'être sage...

Sans plaisir vif et sans tourment,

Je suis moins heureux que content,

Comme je voudrois toujours être.

Mais qui peut répondre de soi ?

Dans six mois, dans deux jours peut-être,

Un enfant me fera la loi,

Et je languirai sous un maître.

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