I. Almanach des Muses
Poésies diverses. ii«j
Le prix du cirque et les profits du bal, Le grand honneur qui naît d'un madrigal, Et du plaisir la cocarde légère, On nous a vus aller, tant bien que mal. De Gnide au Pinde, et du Pinde à Cythère. C'est à Ferney qu'est notre général :
En cheveux blancs professant l'art de plaire, Il a vieilli sans maître et sans rival. Franchit qui peut ce roc où Mnémosyne Brave la foudre à l'ombre du laurier ! Pour nous, jouant sous l'humble coudrier. Cueillons des fleurs au bas de la colline : L'envie alors pourra nous oublier.
Songeons, ami, que les jeux du bel âge
Sont emportés sur les ailes des vents;
L'automne est froid, c'est la saison du sage :
Les fous heureux sont tous dans leur printemps.
Je m'aperçois que le mien déménage,
Et je voudrois saisir à son passage
Son dernier myrte et ses derniers instants.
Il s'est enfui, le temps des deux maîtresses !
Sensible et douce, une me reste encor,
Et mon désir se borne à ses caresses :
Deux sont un bien, mais une est un trésor.
A MADAME
Qui avait adi-essê a l'auteur de jolis vers anonymes sur lesquels elle demandoit le secret
J'ai lu vingt fois ces vers charmants.
Ils me prodiguent la louange, Je dois les trouver excellents ; Mais le doux parfum de l'encens Ne me fait point prendre le change.
Ces vers aisés et délicats, J'en suis l'objet, je m'en honore :
Ils me paroissent pleins d'appas Et me paroîlroient tels encore, Quand même ils ne me loûroient pas.
Tout ce qu'ils disent à ma gloire Sans cesse à l'esprit me revient ; Il est vrai que je n'en crois rien :
Mais j'aimerois bien à le croire.
Oui, la louange est un poison, Qui, lorsque la beauté l'apprête,
Poésies diverses. nj
Fait au moins dormir la raison
Et trop souvent tourner la tête.
De la mienne c'en étoit fait :
Un mot la sauvera peut-être ;
On m'ordonne d'être discret :
Ah 1 celle qui croit me connoître
Ne me connoît guère en effet.
Qui que tu sois, aimable objet,
Apprends que ton soupçon m'offense;
Que pour mon esprit et mon cœur
Les plaisirs qu'on goûte en silence
Sont les seuls qui font le bonheur.
Des faveurs qu'on a pu nous faire
S'il est bien doux de se vanter.
Celui qui sait les mériter
Trouve encor plus doux de se taire.
Oui, sûrement je me tairai ;
Mais quand je fais ce qu'on espère.
Ne puis-je du moins sans mystère
Savoir qui je remercîrai ?
Si ces vers étoient votre ouvrage!...-
Jusqu'ici je les aimois bien;
Mais je ne puis dire combien
Je les aimerois davantage.
Jamais, jamais rien de si doux...
Se pourroit-il ?... mon cœur... le vôtre...
Ah ! Chloé, ces vers sont de vous :
Je ne veux pas qu'ils soient d'une autre.