‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 48 sur 106 · I. Almanach des Muses · texte numérisé non relu

I. Almanach des Muses

Poésies diverses. ii«j

Le prix du cirque et les profits du bal, Le grand honneur qui naît d'un madrigal, Et du plaisir la cocarde légère, On nous a vus aller, tant bien que mal. De Gnide au Pinde, et du Pinde à Cythère. C'est à Ferney qu'est notre général :

En cheveux blancs professant l'art de plaire, Il a vieilli sans maître et sans rival. Franchit qui peut ce roc où Mnémosyne Brave la foudre à l'ombre du laurier ! Pour nous, jouant sous l'humble coudrier. Cueillons des fleurs au bas de la colline : L'envie alors pourra nous oublier.

Songeons, ami, que les jeux du bel âge

Sont emportés sur les ailes des vents;

L'automne est froid, c'est la saison du sage :

Les fous heureux sont tous dans leur printemps.

Je m'aperçois que le mien déménage,

Et je voudrois saisir à son passage

Son dernier myrte et ses derniers instants.

Il s'est enfui, le temps des deux maîtresses !

Sensible et douce, une me reste encor,

Et mon désir se borne à ses caresses :

Deux sont un bien, mais une est un trésor.

A MADAME

Qui avait adi-essê a l'auteur de jolis vers anonymes sur lesquels elle demandoit le secret

J'ai lu vingt fois ces vers charmants.

Ils me prodiguent la louange, Je dois les trouver excellents ; Mais le doux parfum de l'encens Ne me fait point prendre le change.

Ces vers aisés et délicats, J'en suis l'objet, je m'en honore :

Ils me paroissent pleins d'appas Et me paroîlroient tels encore, Quand même ils ne me loûroient pas.

Tout ce qu'ils disent à ma gloire Sans cesse à l'esprit me revient ; Il est vrai que je n'en crois rien :

Mais j'aimerois bien à le croire.

Oui, la louange est un poison, Qui, lorsque la beauté l'apprête,

Poésies diverses. nj

Fait au moins dormir la raison

Et trop souvent tourner la tête.

De la mienne c'en étoit fait :

Un mot la sauvera peut-être ;

On m'ordonne d'être discret :

Ah 1 celle qui croit me connoître

Ne me connoît guère en effet.

Qui que tu sois, aimable objet,

Apprends que ton soupçon m'offense;

Que pour mon esprit et mon cœur

Les plaisirs qu'on goûte en silence

Sont les seuls qui font le bonheur.

Des faveurs qu'on a pu nous faire

S'il est bien doux de se vanter.

Celui qui sait les mériter

Trouve encor plus doux de se taire.

Oui, sûrement je me tairai ;

Mais quand je fais ce qu'on espère.

Ne puis-je du moins sans mystère

Savoir qui je remercîrai ?

Si ces vers étoient votre ouvrage!...-

Jusqu'ici je les aimois bien;

Mais je ne puis dire combien

Je les aimerois davantage.

Jamais, jamais rien de si doux...

Se pourroit-il ?... mon cœur... le vôtre...

Ah ! Chloé, ces vers sont de vous :

Je ne veux pas qu'ils soient d'une autre.

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