‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 52 sur 106 · A M. LE COMTE DE CASSINI · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE CASSINI

Vous qui rimez avec aisance, Et qui calculez l'infini, Aimable et savant Cassini, Vous vous souvenez bien, je pense, Que mon cœur au vôtre est uni Par instinct, par reconnoissance.

Par ce sympathique lien Qui nous fait sentir sa puissance.

Et qu'on n'explique pas trop bien.

Au penchant qui vers vous m'attire Me laissant aller doucement, Je vous regrette et vous désire ; Je m'occupe de vous souvent, Et j'ai plaisir à vous l'écrire.

L'amitié (qui peut en douter?) A parfois les mœurs de son frère; L'aveu qu'elle se plut à faire.

120 Chevalier de Bonnard.

Elle aime à vous le répéter.

Je rends grâce à la destinée

Dont l'ordre despotique et doux

Enjoint à mon âme entraînée

D'aimer tout ce qui tient à vous;

Cette femme jeune et touchante

Oui naquit pour vous rendre heureux,

Ces parents si chéris qu'enchante

Le bonheur d'un fils digne d'eux;

Et votre sœur aux jolis yeux,

A la gaîté vive et brillante.

Et cette cousine étonnante

Que l'on voit de sa belle main

Animer la harpe savante,

Faire parler le clavecin

Et rendre la toile vivante,

Tandis qu'à ces talents divins

Joignant un goût simple et sévère,

Elle sait, comme Boileau, faire

De beaux grands vers alexandrins.

J'adore en votre aimable tante

L'esprit à tous les tons monté,

La grâce naïve et piquante.

Ce zèle vrai, cette âme ardente,

Cet empire de la beauté

Et de la raison éloquente

Comment ai-je pu la quitter,

Cette société charmante !

Je vais longtemps la regretter.

Ces beaux jours où j'aimois à vivre,

Comme l'ombre ils sont effacés,

Et je ne les vois remplacés Que par la nuit qui va les suivre.

Mais si je pousse des soupirs, Si mon ûme vers vous s'élance, Pour tromper un peu ses désirs, Pour charmer l'ennui de l'absence, Il me reste encor deux plaisirs, Le souvenir et l'espérance.

A MADAME

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