A M. LE COMTE DE CASSINI
Vous qui rimez avec aisance, Et qui calculez l'infini, Aimable et savant Cassini, Vous vous souvenez bien, je pense, Que mon cœur au vôtre est uni Par instinct, par reconnoissance.
Par ce sympathique lien Qui nous fait sentir sa puissance.
Et qu'on n'explique pas trop bien.
Au penchant qui vers vous m'attire Me laissant aller doucement, Je vous regrette et vous désire ; Je m'occupe de vous souvent, Et j'ai plaisir à vous l'écrire.
L'amitié (qui peut en douter?) A parfois les mœurs de son frère; L'aveu qu'elle se plut à faire.
120 Chevalier de Bonnard.
Elle aime à vous le répéter.
Je rends grâce à la destinée
Dont l'ordre despotique et doux
Enjoint à mon âme entraînée
D'aimer tout ce qui tient à vous;
Cette femme jeune et touchante
Oui naquit pour vous rendre heureux,
Ces parents si chéris qu'enchante
Le bonheur d'un fils digne d'eux;
Et votre sœur aux jolis yeux,
A la gaîté vive et brillante.
Et cette cousine étonnante
Que l'on voit de sa belle main
Animer la harpe savante,
Faire parler le clavecin
Et rendre la toile vivante,
Tandis qu'à ces talents divins
Joignant un goût simple et sévère,
Elle sait, comme Boileau, faire
De beaux grands vers alexandrins.
J'adore en votre aimable tante
L'esprit à tous les tons monté,
La grâce naïve et piquante.
Ce zèle vrai, cette âme ardente,
Cet empire de la beauté
Et de la raison éloquente
Comment ai-je pu la quitter,
Cette société charmante !
Je vais longtemps la regretter.
Ces beaux jours où j'aimois à vivre,
Comme l'ombre ils sont effacés,
Et je ne les vois remplacés Que par la nuit qui va les suivre.
Mais si je pousse des soupirs, Si mon ûme vers vous s'élance, Pour tromper un peu ses désirs, Pour charmer l'ennui de l'absence, Il me reste encor deux plaisirs, Le souvenir et l'espérance.
A MADAME