‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 84 sur 106 · DE DEUX JEUNES ÉPOUX · texte numérisé non relu

DE DEUX JEUNES ÉPOUX

Le jour de F anniversaire de leur mariage *

J'ai vu l'Amour embrassant l'Hymcnéc, De leurs flambeaux ils confondoicnt les feux, Et l'Amitié de roses couronnée Les unissoit d'indissolubles nœuds :

Je viens chez vous honorer ces trois dieux. En vous voyant fortunés l'un par l'autix-, Mon cœur jouit du bonheur de tous deux : Et c'est ma fête aussi bien que la vôtre.

1. E tiennes du Parnasse, i77l- Les cditioiis aiuéiiuuixï n'ont pas reproduit cette pièce.

COMME J'AIMOISM

Aux premiers jours de ma jeunesse, Dans l'âge heureux ou malheureux, Où le cœur s'ouvre à la tendresse, Amour me brûloit de ses feux.

Comme j'adorois ma maîtresse !

Je ne jurois que par ses yeux; Je ne voyois qu'elle en tous lieux; J'étois jaloux jusqu'à l'ivresse; Son nom seul me faisoit rougir; Je croyois qu'on lisoit mon âme, Que chacun y voyoit ma flamme, Et ma douleur et mon plaisir.

La beauté la plus régulière, Le minois le plus agaçant.

Ne me faisoicnt pas seulement Une impression passagère

li Almanach des Muscs, 1775.

Et l'auroient tenté vainement.

Ma passion forte et profonde,

Changeant pour moi tous les objets,

Me montroit celle que j'aimois

Comme la seule aimable au monde.

Et quand une sévère loi

Me forçoit à m'éloigner d'elle,

Durant cette absence cruelle,

Il n'existoit plus rien pour moi.

Tout l'univers d'un crêpe sombre

Me paroissoit enveloppé ;

Amèrement préoccupé,

Je cherchois la retraite et l'ombre,

Certain que j'étois d'y trouver

Le triste plaisir de rêver.

Mais, parmi ces tourments, quels charmes,

Quelle volupté j'éprouvois.

Lorsque je parlois de mes larmes

A celle pour qui je souffrois !

Dieux ! quelles lettres j'écrivois !

C'étoit le désordre de l'àme ;

Chaque trait y peignoit ma tiamme.

L'harmonieuse expression

De la plus belle poésie

Ne vaut pas la marche hardie,

La brûlante incorrection

D'une prose pleine de vie

Et respirant la passion.

Enfin, quand mon impatience

Sentoit approcher le moment

Oui devoit finir ma souffrance,

2o8 Chevalier de Bonnar d.

Et moi quel soudain changement !

Je revenois à l'existence ;

Je pleurois d'aise-: en y songeant,

Mon cœur battoit un mois d'avance.

J'arrivois : quel ravissement !

Je la voyois, et dans l'instant

J'étois heureux de sa présence.

Hélas! pourquoi le souvenir De ces erreurs de mon aurore Me fait-il pousser un soupir !

Je dois peut-être aimer encore.

Ah ! si j'aime encor, je sens bien Que je serai toujours le même :

Le temps au cœur ne change rien.

Eh ! n'est-ce pas ainsi qu'on aime ?

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