SUR LA RÉCONCILIATION
DE M. GUÉNEAU DE MONTBEILLARD Et de M. Potot de Montbeillard '
JE ne l'oublîrai point, ce fortuné moment ! Mon cœur, en y songeant, s'attendrit et s'enllamme. Noble et généreux mouvement !
Sublime élan d'une grande âme!
Oui, l'instinct d'un bon cœur est son raisonnement; Sans hésiter, il vole au cri du sentiment. Ces mortels vertueux dont mon pays s'honore,
1. Guéneau de Montbeillard avait épousé Elisabeth Potot de MontbciUai-d, qui, malgré la ressemblance du nom, ne lui était point parente. Le frère d'Elisabeth Potot, Potot de Montbeillard, vécut en assez mauvaise intelligence avec son beau-frère Guéneau. Des intérêts de famille avaient divisé les deux beaux-frères. Cette brouille, charitablement entretenue par une de leurs nièces, paraît avoir été terminée après le mois de juin 1773, grâce à l'intervention de Buffon et de M""= Daubenton. Potot de Montbeillard mourut en 1778-
2io Chevalier de Bonnard.
Dont il cite les noms respectés et chéris, Ils s'airaoient autrefois, ils s'aimeront encore ; Ils se ressembloient trop pour cesser d'être unis. Ils le furent toujours : s'ils purent s'y méprendre, Si l'erreur d'un instant parut les séparer. Cachée au fond du cœur, l'amitié vive et tendre Existoit en secret, régnoit sans se montrer. Chassons le souvenir de ces jours de tristesse; Pour ces frères amis, d'autres jours vont couler : Ces doux épanchements d'une égale tendresse, Et ces moments heureux si chers à leur jeunesse, Vont pour eux se renouveler.
Guéneau, sois content de toi-même; Lis dans tous les yeux et jouis, Vois les transports de tes amis.
Le bonheur de ta femme, et cette joie extrême Qu'en sa naïveté laisse éclater ton fils ; Il pleure, il sait aimer, il mérite qu'on l'aime. Rival du grand Buffon, j'admire tes talents ;
J'admire en tes écrits savants D'un style noble et pur la brillante énergie. Et la raison profonde, et l'heureuse magie. Qui sait dans un seul mot renfermer un grand sens. Ta conversation agréable et fleurie Par le sel et le feu de ta plaisanterie Me procure à la fois vingt plaisirs différents; Et mon esprit cjui t'apprécie.
Toujours instruit, toujours fiatté.
En t'écoutant te remercie De ta supériorité.
Mais quels que soient tes droits à la célébrité,
Quel que soit ton esprit dans sa marche hardie, Ton âme est cent fois au-dessus,
Et c'est elle qu'en toi je révère le plus.
Au silence, au respect tu forceras l'envie, Et tes concitoyens émus
Diront tous avec moi que les grandes vertus Sont le partage du génie.