INQUIETUDES DE L'AMOUR
HARAiANT ruisseau, c'est près de toi Que je viens respirer la fraîcheur du feuillage.
Hélas ! sais-tu pourquoi ?
De ma félicité j'y retrouve l'image.
C'est là, sur ce gazon qui tapisse tes bords, Que Tircis... le barbare! il me fuit, il m'oublie.
Mais il m'aimoit alors ! Là qu'il jura cent fois de n'aimer que Sylvie.
Oui, disoit-il, ce ruissean que tu vois Remontera plutôt aux lieux de sa naissance. Oui, plutôt que Tircis ne s'arrache à tes lois. G ruisseau ! mon Tircis a manqué de constance ; Moi seule, hélas ! j'ai gardé mon serment :
I. Ces vers sont encore du poëte débutant, qui les admit dans les deux éditions de son recueil ; mais la seconde offre des différences notables qui prouvent le soin que Gilbert mettait à corriger ses moindres productions.
Tu peux, tu peux enfin remonter vers ta source. Mais le même penchant guide toujours ta course,
Et loin de moi je vois fuir mon amant. L'ingrat mérite-t-il qu'on le regrette encore ? Eloignons, éloignons ce feu qui me dévore : Peut-être une autre a su, bien moins belle que moi, Le ranger, l'enchaîner sous son injuste loi ; Peut-être en cet instant sa bouche lui répète Les serments qu'il me fit de m'aimer à jamais... Ruisseau ! si quelquefois cette nymphe inquiète Sur tes bords enchanteurs vient respirer le frais,
Dis-lui que le berger qui l'aime, Que ce berger jura de m'adorer de même.