‹ Poésies diverses. Avec une notice biobibliographiqueChapitre 4 sur 52 · SATIRE DU DIX-HUITIE.ME SIECLE · texte numérisé non relu

SATIRE DU DIX-HUITIE.ME SIECLE

LES gens du monde semblent avoir fait une ligue avec nos prétendus philosophes pour décrier la «atire. De nos jours on croit sans peine à la vertu d'un auteur licencieux qui se déclare athée; mais on doute, au moins en apparence, qu'un satirique puisse être honnête homme; comme si la vie seule de Boileau ne suffisoit pas pour démentir cette opinion aftectée, moins outrageuse encore à sa mémoire qu'à celle de Louib le Grand, des Lamoignon, des Colbert, des Condé, et de tant d'autres personnages illustres qui l'honorèrent de leur estime particulière et de leurs bienfaits. Ces diffamateurs ont-ils oublié que ce critique inexorable donna autrefois l'exemple d'un

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trait de générosité' qu'ils ont loué avec enthousiasme dans une souveraine^.

Pour nous, qui faisons gloire de cultiver après lui le seul genre de poésie dont l'utilité seroit vainement désavouée, malgré le respect que nous devons aux oracles des novateurs du temps, appuyé de l'autorité d'un écrivain si judicieux, nous soutenons au contraire que quiconque blâme la satire est un homme dupe des opinions d'autrui, un sot à prétentions, ou une âme corrompue. Les citoyens vertueux, les esprits sains et vraiment éclairés, ne la redoutant pas, l'ont toujours approuvée. Leurs entretiens sont la censure continuelle des mœurs dépravées et du mauvais goût : le satirique n'est en un mot que l'interprète de leurs plaintes ou de leurs jugements.

Ce sont ces hommes, dont le suffrage seul peut nous flatter, qui défendirent le Tableau du dix-huitième siècle du mépris dans lequel la cabale philosophique prétendoit l'ensevelir. Leur indulgence en-

1. M"'" de Sévigné a dit de Boileau qu'il ii'étoit cruel qu'en vers. Sa vie est pleine de bonnes actions et de traits généreux. « Le célèbre M. Patru, dit de Boze, se trouvoit, à la honte de son siècle, réduit à vendre ses livres, la plus agréable, et presque la seule chose qui lui restoit. M. Despréaux apprit qu'il étoit sur le point de les donner pour une somme assez modique, et il alla aussitôt lui offrir près d'un tiers davantage ; mais, l'argent compté, il mit dans son marciié une nouvelle condition qui étonna M. Patru : ce fut qu'il garderoit ses livres comme auparavant, et que sa bibliothèque ne seroit qu'en survivance à M. Despréaux. »

2. Catherine II acheta de la même manière la bibliothèque de Diderot.

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couragea nos foibles talents, et nous avons recueilli leurs voix pour corriger cet ouvrage, que nous soumettons une seconde fois à leurs lumières. Malheur à nous si jamais nous désirions les applaudissements des sophistes modernes ! Attaqués dans nos vers, ils doivent armer contre notre vie la persécution et le mensonge : l'intolérance et le fanatisme se sont réfugiés dans leur secte. Mais nous opposerons à leurs calomnies une constance éprouvée. Le génie peut nous manquer, et non le courage. Pensent-ils d'ailleurs que la honte ou l'honneur des gens de lettres soient dans leurs mains ? Leurs impostures ont-elles diffamé le critique célèbre à qui cette satire est adressée' ? Tant qu'il a vécu, les âmes intègres que la contagion des mauvais principes n'a point infectées ont payé ses travaux d'une considération flatteuse. Maintenant que la mort vient de l'enlever à la littérature, leurs regrets ne craignent pas d'éclater; et nous, qu'il plaçoit au rang de ses amis, inconsolable de sa perte, en voyant une foule de gens de bien mêler hardiment leurs pleurs aux nôtres, nous dison> aux soi-disant philosophes : Calomniateurs ennemis de la satire, apprenez par cet exemple que vos cris et vos libelles ne déshonorent que vous-mêmes.

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