ODE
Sur l'immortalité chimérique
qui on attend des ouvrages (t esprit,
et sur V inconstance des grands *.
TOI, dont les nymphes du Permesse Enchantent la crédulité , Insensé, qui sur leur promesse Fondes ton immortalité; Jusqu'à quand ton âme enflammée D'une frivole renommée, S'y laissera-t-elle éblouir?
Et pourquoi, comme un frénétique.
Préférer un bien chimérique Aux vrais biens dont tu peux jouir?
Dans son audace illimitée.
Ton esprit superficiel
I. Envoyée à Messienrs de rÂcadémie royale des sciences et belles-lettres d'Angers, à la suite de son remerciement de réception à ladite académie.
74 Desforges-Maillard.
Croiti tel qu'un autre Prométhée, Avoir ravi le feu du ciel.
Ton sang bout : la fièvre consume Tes jours qu'enivre d'amertume Le penchant qui te fait la loi.
Et peut-être, ô funeste augure !
L'éclat dont ton orgueil t'assure, Disparoîtra même avant toi.
Combien Sophocle, Homère, Orphée, Auroient-ils de doctes rivaux, Dont la mémoire est étoufiee Avec leurs sublimes travaux?
Au surplus, pour un seul Dédale, Qui franchit l'immense intervalle.
Porté sur l'aile du bonheur, A de honteux périls en butte, Combien d'Icares, par leur chute Éternisent leur déshonneur !
Mais je veux que la Parque donne Le prix qui manquoit à tes vers ; Que dès que le jour t'abandonne.
Ton nom vive dans l'univers.
Quelle voix, jusqu'aux noirs rivages, Fera retentir les suffrages Qu'on t'accorde quand tu n'es plus?
Fruit tardif, palme illégitime.
Souvent acquise par le crime.
Et que détestent les vertus.
Je t'entends ; et la folle envie lyimmortaliser tes talents N'a point au calme de ta vie Mêlé ses transports turbulents.
Tes soins ne cherchent qu'un Mécène , Par qui tes jours, exempts de peine.
Coulent sans crainte et sans désir :
Où crois-tu, dans ce siècle avare.
Trouver le protecteur si rare t
Qui te procure ce loisir?
Quand le sort, à tes vœux propice, T'offriroit un pareil secours, Te promets-tu que son caprice Ten fasse jouir pour toujours ?
Les grands aiment sans connoissance.
Et rejettent par inconstance L'objet de leur empressement.
Ainsi sous une heureuse étoile, Ton vaisseau vogue à pleine voile, £t fait naufrage en un moment.
Que peuvent ces grands secourables Taccorder pour te rendre heureux?
Quelques honneurs, dons périssables.
Des biens aussi fragiles qu'eux.
Quand dans l'ivresse qui les trompe Le rang, l'opulence et la pompe.
Les environnent de flatteurs, La Fortune, en un tour de roue.
j6 Desfor g es^ Maillard.
Brise et renverse dans la boue L'idole et ses adorateurs. ^.
Regarde la céleste voûte,
Où ton Dieu fofire un vrai trésor.
Regarde le peu qu'il te coûte,
Et prends vers elle un prompt essor.
Pour mériter cet héritage,
Rends à lui seul un juste honunage,
Méprise des fiuitômes vains.
A quelque prix que tu prétendes,
Est-il de plus belles guirlandes
Que celles qu'il donne à ses saints ?
Heureux qui dans la solitude, A soi-même enfin revenu.
Fait de son cœur l'utile étude.
Se connott, et n'est point connu !
Sa conscience pure et libre L'entretient dans un équilibre Incapable de chanceler.
Muni de sa vertu profonde, Il verroit s'écrouler le monde Sans pâlir et sans s'ébranler.
Son âme n'est jamais en proie A l'insolence des excès :
Les vains soucis, la folle joie N'y peuvent pas trouver d'accès.
Assis sur la rive, il déplore La cupidité qui dévore
Tant de mortels ambitieux ; Et plein du vrai Dieu qui l'attire.
Si quelquefois son cœur soupire.
Ce n'est jamais que pour les deux.
Quand toutefois par la sagesse.
Les Muses réglant leur emploi,
Remplissent le loisir que laisse Le devoir, dont on suit la loi ; Quand la science et le géaie, Comme dans votre compagnie.
Parent les sentiments du cœur, On peut aimer la belle gloire.
Qui fait au temple de Mémoire Voler le mérite vainqueur.