LE PEINTRE ESCLAVE
Conte.
UN peintre voyageur fut pris par un corsaire £t conduit au roi de Salé.
« Çà, dit le fier tyran au captif désolé, Bâtard du Titien, voyons ce que sait faire
Le pinceau dont tu t'es vanté :
Si tu réussis à me plaire,
Je te promets la liberté.
Peins, pour orner ma galerie, Toutes les nations, et que ton industrie Fasse en sorte que Tœil, dès le premier moment, En distingue chacune à Taîr, au vêtement. »
Le peintre, que déjà fatiguoit l'esclavage.
Dresse son chevalet : et pinceau d'imiter
Si bien qu'à n'en pouvoir douter On les reconnaissoit à l'habit, au visage.
Mais chaque peuple étoit vêtu
Suivant sa diverse manière;
Poésies diverses. n
Dans sa figure singulière.
Le seul François étoit tout nu.
Portant uniquement sur son bras, qu'il replie, Une pièce d'ètofie. « Où sont donc tes esprits. Dit le monarque au peintre 7 Et par quelle folie
Peins-tu le François sans habits?
— Seigneur, répondit-il, n'en soyez point surpris.
Il change si souvent de mode.
Que mon art, ne sachant où se déterminer.
Lui donne de l'étofie, alîn qu'il s'accommode
Comme il voudra l'imaginer. >