‹ Poésies diverses de Desforges-Maillard;Chapitre 52 sur 83 · I . Ovide, llv. I,. élégie viii des Tristes · texte numérisé non relu

I . Ovide, llv. I,. élégie viii des Tristes

132 DesforgeS'Aîaillard

La nature, à ses lois elle-même cx>n traire.

En tous lieux changera.

Voilà ce qu'Apollon par ma voix pronostique,

Puisque je suis trompé Par Tami dont mon cœur fit sa ressource unique.

De lui seul occupé.

As-tu craint de me voir ? Où donc sont ces entrailles.

Et ce doux souvenir?

Ah ! tu n'as pas daigné suivre mes funérailles

Seulement d'un soupir.

Tu m'as laissé, cruel, gisant dans la misère;

Tu foules sous tes pies L'amitié, ce saint nom, cette amitié si chère

Qui nous avoit liés.

Que t'en eût-il coûté de venir par usage

Me rendre quelques soins ? N'eusses-tu de l'ami qu'emprunté le langage

Tu pouvois feindre au moins.

Que ne m'obligeois-tu, dans mon malheur extrême.

Par ce tendre devoir?

Plusieurs qui, jusqu'alors, m'étoient inconnus même.

Me sont bien venus voir.

Recevant ton adieu, demi-mort, triste et pâle.

Comme à mon dernier jour, Je te l'eusse rendu plein de l'ardeur qu'exhale

Le plus parÊdt amour.

Ceux que nul intérêt n'attache à ma fortune

M'ont marqué cet égard.

Le peuple finstruisoit par sa plainte commune

A pleurer mon départ.

Je m'affligerois moins si, quelquefois dans Rome,

Tayant seulement vu, Et vivant avec .toi comme avec un autre homme,

Je favois moins connu; Si comme deux vrais cœurs, qu'un même esprit assemble

Dès les plus jeunes ans.

Dans la même maison nous n'eussions point ensemble

Demeuré si longtemps; Si, sachant les secrets qui couloient sans mystère

De tes doux entretiens, J'avois pour un moment balancé de te faire

Confidence des miens.

Uamitié confondoit, égale et mutuelle.

Nos chagrins, nos plaisirs; Je ne te cachois rien, et je lisois fidèle

Jusque dans tes désirs.

Le vent emporte donc sur son aile inconstante

Les serments des amis.

Et le Léthé dissout dans son onde dormante

Ce qu'ils s'étoient promis.

Se peut-il, juste ciel! que Rome ait fait éclore

Un monstre tel que toi, Rome où, malgré mes vœux, le retour que j'implore

Est interdit pour moi ?

Non, sur de durs rochers tu naquis en Scythie,

Ou sur les bords du Pont, Où le Sarmate affreux fut l'auteur de ta vie

Sur la croupe d'un mont.

Là, les cailloux, l'acier d'un rempart invincible

Ont entouré ton cœur;

134 DesforgeS'MailUrd.

C'est là qu'en t'allaitaDt la tigresse insensible

T inspira sa rigueur.

Je me trompe. Ton cœur, oui, ce cœur qui m'outrage

Auroit été moins dur Quand même il eût sucé son naturel sauvage

Dans ce climat impur; Tu m'aurais témoigné la pitié dont on use

Envers un étranger.

Et prenant ton parti, je ferais ton excuse

Au lieu de te juger.

Ah I si le sort, voulut aux malheurs qu'il me cause

Joindre ta cruauté.

Fais par ton repentir qu'où la compte pour chose

Qui n'a jamais été.

Fais par ton changement, pour abolir ton crime,

Que je me croie aimé, Et que ma bouche enfÎD te rende mon estime

Après t'avoir blâmé.

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