I . Ovide, llv. I,. élégie viii des Tristes
132 DesforgeS'Aîaillard
La nature, à ses lois elle-même cx>n traire.
En tous lieux changera.
Voilà ce qu'Apollon par ma voix pronostique,
Puisque je suis trompé Par Tami dont mon cœur fit sa ressource unique.
De lui seul occupé.
As-tu craint de me voir ? Où donc sont ces entrailles.
Et ce doux souvenir?
Ah ! tu n'as pas daigné suivre mes funérailles
Seulement d'un soupir.
Tu m'as laissé, cruel, gisant dans la misère;
Tu foules sous tes pies L'amitié, ce saint nom, cette amitié si chère
Qui nous avoit liés.
Que t'en eût-il coûté de venir par usage
Me rendre quelques soins ? N'eusses-tu de l'ami qu'emprunté le langage
Tu pouvois feindre au moins.
Que ne m'obligeois-tu, dans mon malheur extrême.
Par ce tendre devoir?
Plusieurs qui, jusqu'alors, m'étoient inconnus même.
Me sont bien venus voir.
Recevant ton adieu, demi-mort, triste et pâle.
Comme à mon dernier jour, Je te l'eusse rendu plein de l'ardeur qu'exhale
Le plus parÊdt amour.
Ceux que nul intérêt n'attache à ma fortune
M'ont marqué cet égard.
Le peuple finstruisoit par sa plainte commune
A pleurer mon départ.
Je m'affligerois moins si, quelquefois dans Rome,
Tayant seulement vu, Et vivant avec .toi comme avec un autre homme,
Je favois moins connu; Si comme deux vrais cœurs, qu'un même esprit assemble
Dès les plus jeunes ans.
Dans la même maison nous n'eussions point ensemble
Demeuré si longtemps; Si, sachant les secrets qui couloient sans mystère
De tes doux entretiens, J'avois pour un moment balancé de te faire
Confidence des miens.
Uamitié confondoit, égale et mutuelle.
Nos chagrins, nos plaisirs; Je ne te cachois rien, et je lisois fidèle
Jusque dans tes désirs.
Le vent emporte donc sur son aile inconstante
Les serments des amis.
Et le Léthé dissout dans son onde dormante
Ce qu'ils s'étoient promis.
Se peut-il, juste ciel! que Rome ait fait éclore
Un monstre tel que toi, Rome où, malgré mes vœux, le retour que j'implore
Est interdit pour moi ?
Non, sur de durs rochers tu naquis en Scythie,
Ou sur les bords du Pont, Où le Sarmate affreux fut l'auteur de ta vie
Sur la croupe d'un mont.
Là, les cailloux, l'acier d'un rempart invincible
Ont entouré ton cœur;
134 DesforgeS'MailUrd.
C'est là qu'en t'allaitaDt la tigresse insensible
T inspira sa rigueur.
Je me trompe. Ton cœur, oui, ce cœur qui m'outrage
Auroit été moins dur Quand même il eût sucé son naturel sauvage
Dans ce climat impur; Tu m'aurais témoigné la pitié dont on use
Envers un étranger.
Et prenant ton parti, je ferais ton excuse
Au lieu de te juger.
Ah I si le sort, voulut aux malheurs qu'il me cause
Joindre ta cruauté.
Fais par ton repentir qu'où la compte pour chose
Qui n'a jamais été.
Fais par ton changement, pour abolir ton crime,
Que je me croie aimé, Et que ma bouche enfÎD te rende mon estime
Après t'avoir blâmé.