‹ Poésies diverses de Desforges-Maillard;Chapitre 56 sur 83 · L'INDISCRETION · texte numérisé non relu

L'INDISCRETION

CtmtaU.

EINE des airs, pompeuse Aurore, Que vous restez longtemps auprès d'un vieil époux I Sortez du sein des flots. La belle que j'adore, Thémire, en ces vallons doit paroître avec vous. Je vais entre ses bras, en dépit des jaloux.

Goûter les dons qu'Amour pour moi seul fit éclore ; Moments trop attendus, moments délicieux, Payez-moi tous les maux que m'ont &its ses beaux yeux.

Parfumez ces lieux, fleurs brillantes ; Badinez avec les Zéphyrs, Faites sur vos tiges flottantes Le prélude de mes plaisirs : Chantez mon bonheur par avance. • Attroupez- vous, petits oiseaux, Ruisseaux, allez en diligence.

Le dire à mes tristes rivaux.

Arbres, à travers vos rameaux, Laissez voir aux dieux ma victoire.

Que tous les témoins de mes maux.

Le soient aujourd'hui de ma gloire. »

Uaimable Lisidor triomphoit en ces mots.

D'un avant-goût charmant son âme possédée

Caressoit sa flatteuse idée.

Uespoir tranquillement le berçoit sur s^s flots, Quand T Aurore à la fin déployant dans la nue. Des trésors d'Orient le superbe appareil, Le surprit, le troubla, n'offrant point à sa vue, Celle qu'il aimoit mieux revoir que le soleil. « Ah ! cria-t-il tout haut, que vous tardez, Thémire ! Paresseuse, arrivez, arrivez ou j'expire.

Auriez-vous à l'amour préféré le sommeil ?

Zéphyrs, volez vers ma maîtresse.

Peignez-lui l'état de mon cœur.

Échos, appelez-la sans cesse.

En lui reprochant sa lenteur.

Thémire ne vient point encore.

Le sommeil s'en est emparé.

Thémire... ah ! le chagrin dévore Un cœur aux plaisirs préparé... »

Le teint frais, l'air riant, simplement habillée, La bergère arrivoit à travers la feuillée.

Son nom qui résonnoit dans l'air, Étonna de fort loin son oreille alarmée.

142 Des forges-Maillard,

De haine et de dépit cette amante animée, Aux yeux de Tindiscret s'offrit comme un éclair. < Adieu, dit-elle, adieu, montant sur la colline, Et courant à grands pas vers la maison voisine : Puisque des biens fondés sur un frivole espoir, Ta voix a su parler aux échos du bocage ; Perfide I s'ils étoient jamais en ton pouvoir. Tu Taurois bientôt dit aux échos du village ».

Amants, surtout soyez discrets.

L'art d'aimer est l'art de se taire.

Craignez même que les forêts N'apprennent le nom des objets A qui vous vous flattez de plaire.

Les ruisseaux rouleront Des ondes indiscrètes; Les oiseaux chanteront Vos douces amourettes; Les fleurs, comme autrefois.

Cessant d'être muettes.

Retrouveront leur voix Pour conter vos fleurettes.

Amants, etc.

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