‹ Poésies diverses de Desforges-Maillard;Chapitre 59 sur 83 · EPITRE A MONSIEUR CHERY · texte numérisé non relu

EPITRE A MONSIEUR CHERY

PUISQUE enfin l'injuste disgrâce Qui frappe un de nos vrais amis, Chery, t'appelle dans sa place A l'emploi qui lui fut commis ; Je crois qu'aimé dans la Neustrie Pour cette même probité, Vertu que n'a jamais flétrie L'haleine de l'avidité, Tu dois sur les bords où la Loire Apporte la fertilité, L'indigo, le sucre et la gloire.

Retrouver la même équité.

Mais puisque, malgré le langage Et les dehors les plus polis, L'inconséquent patelinage, Les fourbes sont de tout pays, Ami respectable, pardonne Si je te glisse cet avis

Poésies diverses, içi

Qu'il faut, sans rebuter personne, Ne se choisir que peu d'amis.

Cette maxime est avérée

Depuis que, des beaux jours de Rhée,

La bonne foi sous Jupiter

Cessa de se voir adorée.

Moi-même, ô souvenir amer !

J'en ai fait l'épreuve assurée Sur un cœur faux, un cœur de fer, Un cœur qu'avait vomi l'enfer Et que de sa griffe barbare L'écumante et noire Alecton Pétrit dans l'antre du Tartare De la bourbe du Phlégéthon.

A ce changeant caméléon, A ce serpent à langue aiguë , J'abandonnai sans retenue Mon âme avec tous ses secrets ; En compagnie ou dans la rue.

Dans son riche petit palais , Fruit d'une usure continue, Enfin l'un de nous à la vue Sans l'autre ne s'offroit jamais.

De mon sort un triste nuage Obscurcissoit-il la couleur?

Je croyois voir sur son visage Le sentiment de ma douleur ;

1^2 Desforge S- Maillard,

Si la fortune moins volage S'accordoit avec mes désirs, Ses yeux sembloient porter l'image Et l'empreinte de mes plaisirs.

On citoit pour parfait modèle, A tous les amis du canton.

Notre union qu'on crut si belle Jusqu'au jour de sa trahison.

O singe horrible ! ami perfide !

Qui, pour me mieux assassiner, Cachois le stylet homicide Que je ne pouvois souf>çonner.

Sans toi, sur les bords de la Seine, Vers où mon cœur vole toujours, J'aurois, peut-être exempt de peine, Fini la course de mes jours.

Cependant sur la froide rive, Oîj, loin de la cour des neuf Sœurs, Je vois ma liberté captive Dont je regrette les douceurs, Chery, ton retour me console, Et toujours comptant sur ta foi , Je sens que mon ennui s'envole Et que je ne suis plus qu'à toi.

AIR

LE grave Polémon disoit à Célimène :

« Tu bois toujours à tasse pleine ; Pour ton sexe le vin, friponne, n'est point fait. -^ Pourquoi, dit-elle, ami, nous livres-tu la guerre En voulant nous priver du plaisir qu'à long trait Goûte ce moucheron que tu vois dans mon verre ? »

AIR

LA I la I hem ! hem ! la ! la ! ma voix rauque, étoufTée, Se fait à peine entendre aux échos du bouchon. La ! la ! Vive Bacchus ! hem ! est-ce un moucheron Qui seroit arrêté dans ma gorge échauffée ?

Non, c'est le rhume. Ainsi, l'insolent, par ma foi. Comme aux autres humains, s'ose jouer de moi.

Versez donc, poursuivit Grégoire; Versez, ceci va mieux; versez, versez souvent :

J'ai gagné le rhume en rêvant,

Je le perds à force de boire.

LIQUEUR bachique, amour, folie.

Tourments ou plaisirs d'une vie Qui, comme un songe vain, naît et s'évanouit. Trop de vous nous aveugle, un peu nous réjouit, Et sans vous la sagesse ennuie.

AIR

MIS, ma cave est bien garnie.

Hâtons-nous de vider cent et cent brocs de vin. Aussitôt qu'Atropos aura borné ma vie, Mes héritiers joyeux rendront grâce au destin, S'ils trouvent de ducats ma cassette remplie. Mais, vainqueurs nuit et jour de la mélancolie, En buvant de ce vin du meilleur des coteaux.

Trompons-les, et tâchons qu'au fond de mes tonneaux Ils ne trouvent que de la lie.

Page 1