I. M. le maréchal de Beauvau
Chansons, 83
Cher au monde et cher à son cœur; C'est lui de qui l'esprit modeste Se connoît à peine à moitié :
Enfin c'est celui dont Oreste * Eût pris des leçons d'amitié.
Immolant à la sombre étude Et ses loisirs et sa santé.
Il veille, dans la solitude, Au bien de la société; Froid misanthrope en apparence, Il aime les humains qu'il fuit ; Mais il traint la reconnoissance, Et le bien qu'il fait lui suffît
Combien je lui causai d'alarmes !
Et combien j'en eus à mon tour !
Que j'ai versé pour lui de larmes Quand mes yeux se rouvroient au jour !
Déjà la mort vindicative, En le frappant, nous frappoit tous :
Dieux ! crioit-on, faites qu'il vive; Soyez-lui ce qu'il fut pour nous.
A nos vœux la Parque docile Retire son fatal ciseau ; Le fil de cette vie utile Doit être filé de nouveau.