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Poésies diverses du chevalier de Boufflers

« Bel esprit plutôt que poète, Boufïïers fut le Voilure de l.i fin du xvm» siècle. »

o R S Q u ' E N janvier 1^1^,011 apprit à Paris la inort du vieux Chevalier de BoufflerS) Conservateur adjoint à la Bibliothèque Mazarine, on ne parut point se douter que la société française perdait le dernier petit disciple et ami de Voltaire, l'ultime représentant de la

poésie légère du x\iii° siècle. — Boufflcrs était oublié.

Depuis longtemps, il se traînait mourant dans les salons

II Notice sur la vie

où Von dissertait gviivcnicnt selon les mœurs et le bon ton du jour, chez 31'"' Lebrun on chez Virginie Ancclot ; mais ce petit vieillard gros, court, mal vêtu, cacochyme, toussant, crachant et somnolent, ne rappelait aucunement le galant Chevalier d'autrefois, le petit prêtre musqué auteur rf' Aline et des plus charmants bouqxiets à Chloris, le tendre amant de M'"' de Snbran; son esprit non plus que ses manières n'avaient suj-vècu à son siècle. On ne lui reconnaissait ni ce talent de briller, ni ce don de plaire ou ce droit d'attacher qui en avaient fait le plus exquis poète des fêtes galantes d'antan, et le Comte de Ségur souleva plus d'incrédulité que d'enthousiasme lorsque, sur le cercueil de cet académicien presque octogénaire, il le cita comme un modèle de grâce, de douceur, d'esprit, de bravoure et de bonté ; vantant l'enjouement de sa verve brillante, le sel piquant de sa conversation, l'élégante facilité de ses lettres, l'esprit gracieux et original de ses poésies légères, qui semblaient exiger que sur sa tombe on ne vît que des fleurs et qiî on n'entendit que des chants.

C'est que Boufflers, quoi qu'il ait pu faire, était resté un émigré dans la société nouvelle. La Révolution avait désorienté sa verve, esseulé son esprit, déséquilibré ses grâces particulières; il ne sentait plus sous ses pieds le tremplin du sticcès, il demeurait veuf de sa musc gentille et il n'était plus resté du fringant Chevalier qu'un sombre académicien, un membre de l'assemblée nationale, un pauvre bibliothécaire enfoui dans les solitudes de pierres grises du palais de l'Lnstitut.

Voyons donc dans une biographie détaillée, le rôle que wua Boufflers dans la société frivole du xviii*' siècle.

et les œuvres de Bouf fiers. m

Les biographes semblent d'accord pour donner l'être à Boufflers en 1737 à Lunlvillc^; c'est là une double erreur que M. A. Jal, cet crudit orthopédiste de l'histoire et de la biographie, s'est plu à relever avec soin^. Stanislas de Boufflers naquit à Nancy, en mai 1738, ainsi que l'atteste l'acte de naissance et de baptême conservé aux archives de la mairie de Lunèville. « 5/^nislas-jfean, fils légitime de haut et puissant Seigneur Mcssire Louis-François, Marquis de Boufflers, Capitaine de dragons, pour le service de Sa Majesté Très Chrétienne, et de haute et puissante Dame, M"" Marie- Catherine de Beauvau- Craon, son épouse, étant ne à Nancy, /^ 31 mai 1738, ftit ondoyé le lendemain, dans la petite paroisse de Saint-Roch. Les cérémonies ayant été digérées, par ordre de MP' l'Evêque, ont été suppléées le 21 juin de la même année dans la Chapelle

1. La Biographie universelle de Michaud, la France lit- Icraiie de Querard et la Nouvelle Biographie générale àa Didot font naître Boufflers à Lunéville en 1737. — Larousse porte la date de 1738 à Lunéville. — Boufflers eut un frère aîné, Charles-Ma'"c-Jean-François Régis, qui naquit à Lunéville et y fut baptisé en 1736, et une sœur, devenue par la suite M""' de Boisgelin.

2. Dictionnaire criliquc de biographie et d'histoire, par A. Jal, in-4", 1772. M. Jal, p. 260 et suivantes, a écrit un excellent précis biographique sur Boufflers.

IV Notice sur la vie

du Roi. Il a eu pour Parrain et Marraine le Roi et la Reine, qui ont signe avec moi. (Signe) Stanislas, Roi — Catherine — C. Verlet, curé de Luncville. » Cet acte ne laisse aucun doute. Notre Chevalier vint donc au monde à Nancy ^ cette même année oii son royal Parrain Stanislas signait le traite de Vienne, par lequel il renonçait à la Pologne, en recevant de la Maison d'Autriche la souveraineté viagère des Duchés de Bar et de Lorraine.

La Marquise de Boufflers, sa mère, femme du Capitaine aux gardes de Boufflers-Remiencourt et sœur du Maréchal- Prince de Beauvau et de M'"<= de Mirepoix, joignait à infiniment d'esprit une rare beauté et un tel enjouement, que le Jyon vieux Roi de Pologne en était devenu amoureux à l'extrême et se laissait volontiers gouverner par elle. Voltaire insinuait brutalement qu'elle était la maîtresse du beau-père de Louis XV, et les courtisans plus réservés la surnommaient malicieusement : la Dame de volupté -. 3f"'^ de Boufflers faisait les honneurs de cette petite Cour de Lunévillc oit. régnait ce nouveau Duc de Lorraine et de Bar ; elle

1. Ou du moins près de Nancy, car le Chevalier de Boufflers, qu'on devait appeler plus tard : le plus errant des Chevaliers, reçut le jour sur Une grande route. M'"* de Boufflers fut prise deS douleurs de l'enfantement en se rendant en Lorraine et accoucha en rase campagne; un magistrat qui se trouvait avec la Marquise lui servit de sage-femme. Un fataliste ne tirerait-il pas de celte façon d'entrer dans la vie l'origine de toutes lés aventures qui sillonnèrent l'existence du Chevalier de Boufflers, lequel coui-ut les grandes routes à tout âge et faillit cent fois y itlourir?

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