AU CHEVALIER DE BOUFFLERS
HONNEUR des chevaliers, la fleur des troubadours, Ornement du beau monde et délice des cours, Tu veux donc, dans le sein de ton champêtre asile,
Vivre oublié? La chose est difficile Pour toi que le bon goût recherchera toujours.
En vain, dans un réduit agreste, Le campagnard mondain, le poète modeste, L'aimable paresseux veut être enseveli; Toujours pour toi coulera le Permesse, Et jamais le fleuve d'oubli.
i86 Chevalier de Bou/flers.
Ces vers pleins de délicatesse, Où ta muse présente au lecteur enchanté La grâce et la raison, l'esprit et la bonté, La bonhomie et la finesse, L'élégance avec la justesse, La profondeur et la légèreté;
Souvent, avec un art extrême, Prête au bon sens l'accent de la gaîté, Et se calomnie elle-même Par un air de frivolité :
Ces titres heureux de ta gloire Seront toujours présents à ta mémoire.
Digne à la fois des palais et des champs, Ton Aline toujours aura ces traits touchants Qu'elle reçut de ta muse facile.
Lorsque ton pinceau séducteur, Toujours brillant, toujours fertile, Gai comme ton esprit, et pur comme ton cœur, Entre le dais et la coudrette, Entre le sceptre et la houlette.
Nous peint cet objet enchanteur, Moitié princesse et moitié bergerette, Malgré toi tout Paris répétera tes chants; Et toujours tu joindras, dans ton aimable style, A la simplicité des champs Toutes les grâces de la ville.
Puis, quand il seroit vrai que tes modestes vœux Puissent s'accommoder de ces rustiques lieux, Pourrois-tu bien, au fond d'une campagne, Enterrer l'aimable compagne
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A qui de tes beaux jours nous devons les douceurs? Si tu n'avois, de ton doux h^-ménée, Reçu pour dot qu'un immense trésor, Je te dirois : Va dans la solitude Cacher tes jours, et ta femme, et ton or, Et d'un triste richard l'avare inquiétude. Mais l'esprit, la beauté, sont faits pour le grand jour : La ville est leur empire, et le monde leur cour. Le sage créateur du monde Ensevelit les métaux corrupteurs
Au sein d'une mine profonde; Il cache l'or et nous montre les fleurs. Si toutefois, dans ton humeur austère, Las du monde et de ses travers, Tu veux dans le fond des déserts Cacher ton loisir solitaire, Avec tes goûts nouveaux permets-nous de traiter; Prenons un temps. Pour nous quitter Attends que tu cesses de plaire, Et tes vers de nous enchanter.
Alors, puisqu'il le faut, sois agricole, range
Tes fruits nouveaux dans les celliers.
Tes blés battus dans tes greniers.
Tes blés en gerbe dans ta gi-ange.
Dans tes caveaux tes choux rouges ou verts. Mais que m'importe la vendange, A moi qui m'enivrai du nectar de tes vers,
Et quelquefois de ta louange ?
Plus d'un contrefacteur du vin le plus parfait, Des pressoirs de Pomard et des cuves du Rhône, Des crus de Jurançon, de Tavel et de Bcaune,
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Chevalier de Bouffi ers.
Sait assez bien imiter le fumet ; Même d'un faux aï la mousse mensongère, En pétillant dans la fougère, Trompe souvent plus d'un gourmet; Mais tes écrits ont un bouquet Que nul art ne peut contrefaire.
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