LA FILLE ET LE CHEVAL
DANS un sentier passe un cheval Chargé d'un sac et d'une fille; J'observe, en passant, le cheval, Je jette un coup d'œil sur la fille; Voilà, dis-je, un fort beau cheval ; Qu'elle est bien faite, cette fille !
Mon geste fait peur au cheval, L'équilibre manque à la fille; Le sac glisse en bas du cheval, Et sa chute entraîne la fille.
J'étois alors près du cheval; Le sac, tombant avec la fille, Me renverse auprès du cheval, Et sur moi se trouve la fille, Non assise comme à cheval Se tient d'ordinaire une fille.
Mais comme un garçon à cheval.
En me trémoussant sous la fille,
202 Chevalier de Bouffi ers.
Je la jette sous le cheval
La tête en bas. La pauvre fille !
Craignant coup de pied de cheval
Bien moins pour moi que pour la fille,
Je saisis le mors du cheval,
Et soudain je tire la fille
D'entre les jambes du cheval,
Ce qui fit plaisir à la fille.
Il faudroit être un grand cheval.
Un ours, pour laisser une fille
A la merci de son cheval.
Je voulois remonter la fille;
Preste, voilà que le cheval
S'enfuit et laisse là la fille.
Elle court après le cheval,
Et moi je cours après la fille.
Il paroît que votre cheval
Est bien fringant pour une fille.
Mais, lui dis-je, au lieu d'un cheval,
Ayez un âne, belle fille;
II vous convient mieux qu'un cheval,
C'est la monture d'une fille.
Outre les dangers qu'à cheval
On court en qualité de fille,
On risque, en tombant de cheval.
De montrer par où l'on est fille.
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LA CHANOINESSEï
UNE superbe chanoinesse Portoit, dans ses sourcils altiers, L'orgueil de trente-deux quartiers.
Un jour, au sortir de la messe, En présence de l'Eternel, En face de tout Israël, Tandis qu'elle lendoit la presse, Et s'avançoit le nez au vent.
Un faux pas fit choir la déesse, Jambe en l'air, et front en avant. Cette chute fut si traîtresse, Qu'en dépit de tous ses aïeux Qui voulut, vit de ses deux yeux Le premier point de la noblesse; Car, on ne peut nier cela.
Toute noblesse vient de là :