REINE DE GOLCONDE
Ep'itre
PAR votre oi-dre, belle Éliattte, Je vais du léger Hamilton, Avec une voix moins brillante, Essayer de prendre le ton.
Il avoit une douce l3-re Dont il jouoit adroitement Même au milieu de son délire :
Moi, je n'ai qu'un sistre allemand ; Et les sons aigres que j'en tire Ne peuvent, à ce que je crois^ Bien accompagner que ma voix, Mais, sans m'arrêter davantage, Je vais vous raconter commeilt Aline, auprès de son village^ Troqua, dans un vallon charmant,
Contes. 207
Son innocence et son laitage Contre un joli petit enfant.
Vous, en pareille circonstance, Voici ce que vous auriez fait :
Vous auriez mangé votre lait, Et conservé votre innocence.
Aline, de cet enfant-là, Dont le hasard m'avoit fait père, Fit à ses parents un mystère ; Mais sa taille à la fin parla :
Sa mère même apprit par là Qu'elle seroit trop tôt grand'mère.
J'aî remarque que les parents Ont tous un singulier caprice :
Ils veulent qu'on les avertisse Avant de faire des enfants; Mais il est rare qu'on le puisse.
Mon Aline n'avertit pas, Faute d'avoir prévu le cas.
La maudite mère en furie Donne cent coups à ma beauté; Son doux visage est souffleté.
Sa gorge d'albâtre est meurtrie ; Et, pour comble de cruauté, Mon brutal beau-père irrité Chasse à jamais de sa patrie Aline et ma postérité.
Cependant, malgré ce tapage, Pour Aline rassurez-vous; Le ciel est toujours assez doux Pour kl beauté qui n'est pas sage ;
Chevalier de Boufjlers.
Et jamais un joli visage Ne fut, dit-on, mangé des loups.
D'Aline une ville inconnue Reçut un petit citoyen :
Partout elle fut bien reçue; Elle ne manqua plus de rien; Et des gens, qui depuis l'ont vue, M'ont dit qu'elle se portoit bien.
PIÈCES FUGITIVES