LA CHAPELLE DU RIVAGE
Te rogaraus, audi nos, etc.
Nous te prions ; eatends-noas.
00178 les remparts de Pise, aux champs de la Toscane^ Une veuve indigente et jouet du malheur, Attendoit ses deux fib, qui, loin de sa cabane, Jusqu'aux rivages de Catane, Jlvoient conduit la barque d un pédieur.
La saison du retour s'écouloit, et les ondes Ne lui rendoient point ses enfants :
Ils erroient sur les mers profondes , En butte à la fureur des vents. ^
C'est en vain qu'éloignant une image terrible, Cette mère pour eux prépare incessamment Ou la laine tissue en léger vêtement.
Ou le modeste abri d'une couche paisible j
Rien ne distrait sa peine ; et le jour tout entier La voit seule pleurant auprès de son foyer.
La nuit vient,... elle pleure encore;... elle s'oublie En des pensers de deuil et de mélancolie.
Le sommeil pour jamais a fui loin de ses yeux.
Enfin, n'écoutant plus qu'un sentiment pieux,
Unique appui de sa misère ,
Vers une église solitaire
Que baignent les flots orageux, La triste Sépbora pour ses fils malheureux
Résolut d'aller en prière.
Le coeur rempli de son dessein,
Elle revêt du pèlerin
L'humble tunique , le rosaire ;
Et, quittant sa pauvre chaumière.
Du rivage suit le chemin.
Partout l'infortunée , avec persévérance , De la moindre cabane interroge le seuil ; Partout elle redit ses craintes, sa souffrance^
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Et le long de la mer va d*écueil en écueil , Redemandant ses fils, sa dernière espéranccr
La fatigue enchaînoit ses pas déjà tremblants. Quand au déclin du jour se présente à sa vue Un large promontoire à la cime touffue , Et dont les flots émus venoient battre les flancs. ^ Du milieu des forêts qui dominoient 1^ plage
Une croix montoit vers les deux; Et d'une humble chapelle élevée en ces lieux. Les rayons du couchant embrasoient le vitrage.
Incertaine des bords heureux
Où finit son pèlerinage,
Séphora du rocher sauvage Gravit péniblement les sentiers tortueux.
Soudain à travers la verdure Des mélèzes, des pins, confusément épars, La triste voyageuse égarant ses regards,
Croit entendre un léger murmure.
Surprise, elle s'avance , et découvre à-la-fois
ÉLÉGIES. Sg
Tout un peuple à genoux, le front dans la poussière^ Écoutant la simple prièfre Dtt vieux hermite de ces bois.
Par un doux intérêt auprès d'elle amenée, Une vierge Taccueille et la presse en ses bras, ma fille ! lui dit Fétrangère étonnée, Parlez, où donc le ciel a-t-il conduit mes pas? Et quel pieux abri s'ofFre sur cette rive ?
Ma mère , lui répond la bergère naïve , Vous voyez la chapelle où viennent les pasteur» Prier, chaque printemps, pour les navigateurs: A Notre-Dame des tempêtes Cet humble asile est consacré; La sainte fait taire à son gré Les vents qui grondent sur nos têtes ; Partout son nom est adoré.
Et nous rinvoquons dans nos fêtes.
^ce touchant hommage, à ces mots consolants,
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Séphora reconnut Tautel ou, dès long-temps,
Par une voix secrète elle étoit appelée.
Mais, tandis qu*elle prie, et joint ses vœux ardents
Aux vœux de la peuplade en ces bois rassemblée, * Voilà que du hameau les vierges , les enfants , Sur deux files rangés, s avancent à pas lents
Vers le sommet de la roche isolée.
Leurs canticpies naïfs, leurs chants tristes et doux,
Se prolongent dans la campagne.
Au bord des pndes en courroux
L'étrangère les accompagne;
Et là, d un regard douloureux Qui trahit de son cœur la secrète amertume , Elle contemple au loin ces écueils dangereux Où la vague bondit et se brise en écume.
Cependant, aux pieux accords
D'une touchante mélodie.
Les filles des pasteurs, belles de modestie, Entourant le rocher, se pressent sur ses bords,
ÉLÉGIES. 6i
Gomme de blancs troupeaux sur les monts d'Arcadie.
Chacune d*un bouquet vermeil
Marche naïvemient parée ; Leur sein a la fraîcheur de Faube à son réveil ; Et de simples chapeaux d'une paille dorée Défendent leurs attraits des rayons du soleil. Choisie entre sçs sœurs, la plus jeune bergère Sur la face des e^ux balance mollement Des lis qu elle a tressés en guirlande légère ; Et quand le saint hermite annonce le moment Où doit cesser le chœur des célestes louanges, Pleine d'émotion et de recueillement, Elle adresse ces mots à la reine des anges :
« Chaste Marie, espoir des matelots, * Astre propice au milieu des naufrages, « Loin de ces bords écartez les orages , « Et répandez le calme sur les eaux.
« Pour nos époux , nos enfants et nos frères ,
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« Nous vous prions;. Marie ! entendez-nous :
« Qu*un doux zéphyr nous les ramène tous, « Ces nautoniers battus des vents contraires.
K Dans leur fureur, pour enchaîner les flots, « Il vous suffit d*une simple guirlande ; « Recevez donc cette modeste offrande, « Chaste Marie, espoir des matelots. »
Telle fut des pasteurs la prière ingénue :
Et , de même qu on voit au sommet d'un vieux pin, Après un ouragan , la colombe abattue Recueillir avec soin , dans son aile étendue,
Les premiers rayons du matin, De même Séphora, languissante, plaintive, D un espoir renaissant a.ccueillit la douceur; Et, prêtant aux bergers une oreille attentive. Sourit à des accents qui pénétroient son cœur.
Soudain, s*arrondissant, au gré d'un vent prospère,
Trente voiles au loin blanchissent Thorizon.
Faveur céleste ! L'étrangère , L œil attaché sur Tonde amère , Poursuit sa pieuse oraison.
Mais bientôt, à laspect des barques désirées, Tous, élevant de joyeuses clameurs ^ Au sein des vagues azurées Lancent leurs couronnes de fleurs.
' La foule descend sur la plage; Le bruit léger de Faviron Frappe les échos du rivage ; Et déjà pour ces bords, terme d'un long voyage, Les pécheurs ont quitté leur flottante prison. Déjà dans tous les yeux le plaisir étincelle : Ici l'épouse embrasse son époux ; Plus loin l'amante à l'amant qui l'appelle Jette un regard oii l'amour se révèle , Et que L'absence a su rendre plus doux.
Mais , parmi cette foule émue,
De la pèlerine inconnue,
Oh ! comment peindre le bonheur!
Quand, au bord de Tonde écumante.
Le sort tout-à-coup lui présente
Les deux fils qu appeloit son cœur.
Éperdue, elle accourt malgré le poids de lage^ Les serre dans ses bras avec ravissement,
Et bénit le pressentiment
Qui Fattira sur ce rivage.
Alors tous à-la-fois chantent le sol natal.
Uile impatiente jeunesse.
Le front rayonnant d*allégresse.
Des jeux a donné le signal ;
Et soudain, formant une chaîne,
Elle s'élance sur Farène ,
Au son du fifre pastoral.
Des sylphes sur les fleurs la danse est moins légère, Moins rapide le vol du timide Alcyon,
Quand , menacé par Faquilon,
I II effleure en fuyant la vague solitaire.
Ah ! tant que parmi vous le pèlerin viendra
De la reine des cieux implorer lassistance ,
Bergers, n oubliez pas sa bonté, sa puissance,
Et le pieux espoir qui soutint Sépbora.
Adorez d^une foi sincère Celle dont la main tutélaire Rend le calme aux flots courroucés , À nos vierges leurs fiancés, Et Fenfant aux pleurs de sa mère.
EDGAR ET VAINA,
ÉLÉGIE DANS LE GOUT d'oSSUN.
Pale lies tHe maid at the rock.
OssiAN, Com4«i's Poem,
Pâle , mourante , la vierge est étendue sur le rocher.
O VOUS , chefs des concerts , rois des chants mémorables, Venez , Bardes , venez consoler Varna .
Au sein des nuits les échos du Mora
Répètent ses cris lamentables ;
Et ses larmes intarissables
Ont grossi les flots de Lutha.
Du palais de son père en secret échappée ,
Elle a choisi le désert pour séjour :
C'est là qu'elle soupire après son dernier jour, Et que du seul Edgar son ame est occupée.
Edgar, dès ses plus jeunes ans, Àvoit su mériter sa tendresse ingénue;
Elle rougit quand ces monts verdoyants Pour la première fois TofFrirent à sa vue :
Elle rougit, et ses yeux languissants Brillèrent aussitôt d'une flamme inconnue :
Telle, da^s nos vallons, timide, inaperçue, La fleur s*épanouit au souffle du printemps.
Depuis , au guerrier qu elle adore , Elle avoua le secret de son cœur ; Et jamais tant d amour encore N*avoit promis tant de bonheur.
Mais Edgar a pris son épée ; U a brûlé de la soif des combats ;
Et seul sur la rocbe escarpée , Aiguisant une flèche, instri^ment du trépas , « Guerriers, nous a-t-il dit enflammé de colère 9
« Ce dard ne brille point en vain :
« Je le destine à Gaul, à ce fier insulaire, « De ma tendre jeunesse oppresseur inhumain; « Et cet autre au noir TuUamin, « Qui jadis du sang de mon père « Sous mes yeux a rougi sa main. »
Hélas ! de Vaïna les touchantes prières N'ont pu le retenir. Insensible , il a fui ; Il a laissé, mourante, en nos bois solitaires, Celle dont le cœur est à lui.
« Arrête ; je prévois un malheur, di^oit-elle :
« Jeune héros , c[ue mon amour
« Tengage à différer d'un jour
« Cette vengeance solennelle; « Tu partiras demain. Cette nuit, dans les airs, « Un fantôme élevant une voix menaçante « A prononcé ton nom : plus foible, plus tremblante « Que le chevreuil timide, hôte de ces déserts, « J'en ai frémi ; mon sang s'est glacé d'épouvante.
« Demeure, Bis d*Uthal, demeure auprès de moi : • Sous cet épais feuillage, au bord de nos fontaines, « Viens goûter le repos , vieas calmer mon effroi ; « Par de tendres accords je charmerai tes peines ; « Demeure, fils d^Uthal, demeure auprès de moi. »
Vains efforts ! Tourmenté du soin de sa vengeance, Edgar s*est éloigné dans un moiTie silence.
Des larmes cependant ont trahi ses douleurs ; ^ Et depuis , deux guerriers , témoins de ses malheurs , lïous ont appris qu au sein d*une terre ennemie, Privé de tout secours, épuisé par la faim,
Sous le poignard de TuUamin
Ce héros a perdu la vie.
Ainsi tes noirs pressentiments Ne t'avoient donc point abusée, O Vaïna ! fleur qae les vents Sur sa tige ont déjà brisée.
Mais quand, si jeune et sans retour,
Tu perds ta plus cLère espérance^ Il est encore un autre amour Digne de charmer ta souffrance.
Reviens , colombe du désert , Reviens auprès de ton vieux père :
Son cœur te fut toujours ouvert ; Pourquoi le fuir dans ta misère?
Ici, comme au bord du torrent, De deuil tu seras entourée , Jusqu au jour où de ton amant Tu rejoindras l'ombre adorée.