‹ Poésies diversesChapitre 14 sur 57 · LA MÈRE COUPABLE · texte numérisé non relu

LA MÈRE COUPABLE

Praeveniin maturitate, et clamavi.

Ps. ii8, ▼. i47* Xai préveDu le lerer de Taurore pour tous adresser^mcs prières et mes cris.

M ERE des affligés , espoir du repentir,

Tu me vois à tes pieds, tremblante et prosternée.

Lorsque tout m'abandonne , ah ! daigne compatir

Aux larmes d'une infortunée.

Hélas ! dans cet hospice, au malheur consacré, Seule pendant la nuit je viens, mère coupable. En frémissant,. et le cœur déchiré, Cacher le fruit d'un amour déplorable.

L'oubli d'un lâche séducteur^ le mépris, l'abandon qui suit le déshonneur.

,a ÉLÉGIES.

Tout in*ûnpo9e aujourd'hui ce cruel sacrifice.

^Mais qde je vais pleurer la faute d'un moment ! Jamais la suprême justice Ne pouvoit d'un plus long supplice Punir mon fol égarement.

Ne crois pas cependant que de mes destinées, O vierge ! à tes genoux j'accuse la rigueur : Non , non, j'accomplirai mes peines ordonnées, Et saurai sans me plaindre y soumettre mon cœur.

Si j'implore ici ta clémence.

C'est pour ma fille seulement.

La voilà sous tes yeux, qui sourit en dormant, Et ne soupçonne pas mon horrible souffrance.

Ah ! du plus foible vermisseau

Ton oreille entend le murmure;

Tu commandes à la froidure

D'épargner le timide agneau; Et sans doute au milieu des peines que j'endure. Non, tu ne voudras pas refuser ton secours

À rinnocente créature Pour qui ma bouche te conjure, ^£t te demande d*heureux jours.

Dans le monde perfide où cet enfant doit vivre , Seule tu peux guider ses pas irrésolus :

Si tu Fabandonnois , ma fille n auroit plus D espérance à nourrir, ni de conseil à suivre. mère de bonté ! veille sur cette fleur Qu a son matin menace la tempête ; Loin du rivage où s'incline sa tète , Écarte du midi la dévorante ardeur;

Que , toujours modeste et craintive , Elle obtienne du ciel un regard indulgent; Et que le souffle du méchant Respecte sa candeur naïve.

Mais l'aube m'avertit qu'il faut quitter ces lieux : Malheureuse ! où trouver le pardon de mon crime? Ah ! pour cette chère victime,

74 ËLÉGIEâ.

Marie, entends mes derniers vœux :

Puisse ton pouvoir tutélaire Garder ses jeunes ans d'un poison corrupteur ! Fais qu'elle soit toujours maîtresse de son coeur^ Et défends-la sur-tout des fautes de sa mère.

ÉLÉGIES. yS

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