ODE
Fies Dobilium tu quoque Fontium, Me dicente.
Horace , liy. III » ode 9.
Fontaine abondante et pure, Asile cher aux zéphyrs, Toi , dont le touchant murmure Semble imiter des soupirs, Oh ! que j'aime la colline Qui de ton onde argentine Reçoit ses plus doux attraits !
Que j'aime ce bois tranquille, Où je viens , loin de la ville , Respirer lombre et le frais,
Tandis que laube naissante Me voit ici le premier, Foulant les tapis de menthe Qui parfument ce sentier , Mes confuses rêveries, Le long des vertes prairies Suivent le cours de tes flots ; Et d'une vie agitée Leur fuite précipitée Me retrace les tableaux.
Du haut de cet hermitage, Qu'entourent de noirs cyprès , J*admire et le paysage Et ces lointaines forêts ; Mais , descendu sur ta rive , D'une impression plus vive Je sens déjà le pouvoir :
J*y vois la place où Sylvie, Aux plus beaux jours de ma vie .
POÉSIES DIVERSES. i33
Près de moi venoit s'asseoir.
Là , couronnés de fougères,
Il m'en souvient , loin du bord
Nous jetions des fleurs légères,
Dont nos yeux suivoient le sort ;
Là , dans sa gatté folâtre ,
De ses belles mains d'albâtre ■
Formant un vase arrondi , '
Mon amante , Hébé nouvelle ,
M'offroit une onde rebelle
À tous les feux du midi.
Souvent , 6 faveur plus chère !
Je la vis sous cet ormeau , Du genou pressant la terre , Se pencher vers le ruisseau :
Rivales des jeunes roses , Ses lèvres à demi-closes S'y reposoient un moment ;
f34 POÉSIES DIVERSES.
Et bientôt ma bouche avide , De son baiser plus humide Savouroit lenchantement,
Foible alors , et sans défense , Elle cédoit à mes lois :
Une amoureuse démence Nous égaroit à-la-fois ; Et , sur la molle verdure , Quand une volupté pure Avoit attiédi nos feux , De ses tresses vagabondes, Dans le miroir de tes ondes , Sa main rattachoit les noeud$.
O toi , qui rends à mon am»
Tant d'aimables souvenirs, Toi , qui de ma jeune flamme As protégé les plaisirs :
Oui 9 chaque fois que l'aurore
POÉSIES DIVERSES; laS
M» verra gravir encore Au sommet de ces coteaux , Ma muse reconnoissante Chantera la douce pente Et la fratcheur de tes eaux.
Je dirai de ta naïade
Le sourire séducteur ;
De ta brillante cascade
Je dirai le bruit flatteur :
Empressé de te connoitre ,
Plus d'un voyageur peut-être
Viendra te voir à son tour ;
Et , grâce à mes chants lyriques , «
Entre les eaux poétiques
Tu seras fameuse un jour.
STANCES
Carpamùs dalcU.
Perse.
Ijorsque Mars dans nos climats Étend les feux de la guerre , La foule court à grands pas Au devant de son tonnerre.
La trompette, les clairons ^ Et la voix de TEuménide , Enflamment nos bataillons D*une fureur homicide.
Pour moi , qui me sens épris D*une plus douce victoire ,
POESIES DIVERSES, J'abaisse iid œil de mépris
Sur les révos de la Gloire,
Quem'impoLlelchtros Ceint des palmes de Bellone , Si des roses do Papho* La volupté me couronne 1
Ah ! qu'ils cherchrnl les rorabats, Ceux qu'un fui espoir enivre !
Qu'ils s'éiancent au trépas , Ceux qui ne savent point vivre !
Mous, Eglé, pour l'enibcllir, Crois^uiui , cachons notre vie i Et cbercbons dans le plaisir La seule mort que j'envie.
laS POESIES DIVERSES.