‹ Poésies diversesChapitre 3 sur 57 · À L'OMBRE D'UNE AMIE · texte numérisé non relu

À L'OMBRE D'UNE AMIE

Deep moams the tarde in sequester'd Bower.

Beattib, Miostrel.

/ Le ramier gémit sur son arbre solitaire.

JLa nuit depuis long-temps a couvert de ses voiles

Cet asile .silencieux ; Et d*humides vapeurs dérobent à mes yeux

La pâle clarté des étoiles.

D*un foyer qui s'éteint les dernières lueurs , De nos derniers moments me retracent Tirnage :

Seul, agité de secrètes frayeurs, Je frissonne , j'écoute , et la voix de Forage ,

Éveillant des forêts les vastes profondeurs, A déjà retenti sur mon frêle vitrage.

Dans ces murs ténébreux tout repose , tout dort ; Mais un ciel en courroux menace la nature :

J'entends gronder au loin les tempêtes du Nord ; Et des torrents grossis le funèbre murmure Me semble un présage de mort.

Voici l'heure fatale où de plaintives ombres , Transfuges du cercueil, dans les nuits les plus sombres. Viennent de leur présence effrayer les vivants. Ah ! s'il est vrai que des mânes errants

Puissent quitter les noirs abîmes ; S'il est vrai que la Mort en ces tristes moments

Nous rende ses pâles victimes ;

Réponds aux cris de ma douleur,

Accours , ombre à jamais chérie ;

Abandonne ces lieux d'horreur

Où ma tendresse t'a suivie.

Et vous, dont l'injuste rigueur

Éteig;nit le flambeau d'une si belle vie.

Dieux cruels ! Dieux jaloux ! rendez-moi mon amie ; Et qu un instant du moins je goûte la douceur De contempler ses traits pleins de mélancolie ^ Et de ses yeux d azur la touchante langueur.

Qui peut te retenir, fantôme que j'implore !

À mes cotés, dans lombre, viens t asseoir; Une dernière fois je voudrois te revoir; Je voudrois à tes pieds me prosterner encore ;

Et, prés de toi jusqu'à laurore,

Échapper à mon désespoir.

Ne tarde plus ; viens , 6 mon ame !

Viens , je brûle de te montrer

Ces souvenirs d'amour, ces gages de ta flamme.

Dont rien n'a pu me séparer.

Eu vain l'amitié même a voulu m'interdire

Des biens si chers à mes douleurs :

Malgré ses prudentes rigueurs.

Le voilà , ce portrait qui nourrit mon délire,

6 ÈLÉGMES.

Et qui fut tant de fois arrosé de mes pleurs; Voilà ces doux aveux que j*aimois à relire ; Voilà tes bracelets, ta couronne de fleurs ; Et ce fruit parfumé, dont Fécorce dorée

Reçut, à l'heure de ta mort, Et le dernier soupir et le dernier effort

De ta bouche décolorée .

Mais, hélas ! je t'appelle en vain :

Tu dors , insensible à ma plainte ; Tu dors , et les feux -du matin Vont pénétrer dans cette enceinte.

L'horizon s*épure : les Dieux Rendent le repos à la terre , Et, sous un ciel moins nébuleux.

Gronde à peine un foible tonnerre.

Moi seul, ô mon unique amour !

Quand tout renaît à Fespérance, Moi seul, de la lumière accusant le retour, Je ne vois point de terme à ma longfue souffrance.

Ah! situ rejettes mes vœux, Que m'importent les vents déchaînés sur ma tête ! Ce cahne qui déjà succède à la tempête

Me semble encore plus affreux.

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