À L'OMBRE D'UNE AMIE
Deep moams the tarde in sequester'd Bower.
Beattib, Miostrel.
/ Le ramier gémit sur son arbre solitaire.
JLa nuit depuis long-temps a couvert de ses voiles
Cet asile .silencieux ; Et d*humides vapeurs dérobent à mes yeux
La pâle clarté des étoiles.
D*un foyer qui s'éteint les dernières lueurs , De nos derniers moments me retracent Tirnage :
Seul, agité de secrètes frayeurs, Je frissonne , j'écoute , et la voix de Forage ,
Éveillant des forêts les vastes profondeurs, A déjà retenti sur mon frêle vitrage.
Dans ces murs ténébreux tout repose , tout dort ; Mais un ciel en courroux menace la nature :
J'entends gronder au loin les tempêtes du Nord ; Et des torrents grossis le funèbre murmure Me semble un présage de mort.
Voici l'heure fatale où de plaintives ombres , Transfuges du cercueil, dans les nuits les plus sombres. Viennent de leur présence effrayer les vivants. Ah ! s'il est vrai que des mânes errants
Puissent quitter les noirs abîmes ; S'il est vrai que la Mort en ces tristes moments
Nous rende ses pâles victimes ;
Réponds aux cris de ma douleur,
Accours , ombre à jamais chérie ;
Abandonne ces lieux d'horreur
Où ma tendresse t'a suivie.
Et vous, dont l'injuste rigueur
Éteig;nit le flambeau d'une si belle vie.
Dieux cruels ! Dieux jaloux ! rendez-moi mon amie ; Et qu un instant du moins je goûte la douceur De contempler ses traits pleins de mélancolie ^ Et de ses yeux d azur la touchante langueur.
Qui peut te retenir, fantôme que j'implore !
À mes cotés, dans lombre, viens t asseoir; Une dernière fois je voudrois te revoir; Je voudrois à tes pieds me prosterner encore ;
Et, prés de toi jusqu'à laurore,
Échapper à mon désespoir.
Ne tarde plus ; viens , 6 mon ame !
Viens , je brûle de te montrer
Ces souvenirs d'amour, ces gages de ta flamme.
Dont rien n'a pu me séparer.
Eu vain l'amitié même a voulu m'interdire
Des biens si chers à mes douleurs :
Malgré ses prudentes rigueurs.
Le voilà , ce portrait qui nourrit mon délire,
6 ÈLÉGMES.
Et qui fut tant de fois arrosé de mes pleurs; Voilà ces doux aveux que j*aimois à relire ; Voilà tes bracelets, ta couronne de fleurs ; Et ce fruit parfumé, dont Fécorce dorée
Reçut, à l'heure de ta mort, Et le dernier soupir et le dernier effort
De ta bouche décolorée .
Mais, hélas ! je t'appelle en vain :
Tu dors , insensible à ma plainte ; Tu dors , et les feux -du matin Vont pénétrer dans cette enceinte.
L'horizon s*épure : les Dieux Rendent le repos à la terre , Et, sous un ciel moins nébuleux.
Gronde à peine un foible tonnerre.
Moi seul, ô mon unique amour !
Quand tout renaît à Fespérance, Moi seul, de la lumière accusant le retour, Je ne vois point de terme à ma longfue souffrance.
Ah! situ rejettes mes vœux, Que m'importent les vents déchaînés sur ma tête ! Ce cahne qui déjà succède à la tempête
Me semble encore plus affreux.