LE SOIR
Venit Hesperus , Majoresque cadunt altis de montibus umlrae.
ViRG.
Le soir approche , et déjà du haut des montagnes les ombres plus épaisses se prolongent dans la plaine.
JUe la fin d'un beau jour qui n'aime la^ouceur ! En de riants climats , sous un ciel enchanteur, :
' Qui n'a pas égaré sa marche solitaire , Quand le soir de ses pleurs vient rafFraîchir la terre ! Quel œil indifférent , lorsque du haut des monts L'obscurité s'abaisse au milieu des vallons, N'a voulu contempler ces voûtes radieuses Où le jour se prolonge en flèches lumineuses ! Ce moment solennel, ces tableaux ravissants, Pour tous les cœurs sans doute ont des charmes puissants. Le vieillard seul peut-être, assis dans la prairie, Plus tristement alors poiursuit sa rêverie;
Mais si le jour qui meurt éveille ses regrets , -
Aux yeux du jeune amant que cette heure a d*attraits !
U m en souvient : au temps où ma belle mattresse D*un mélange de crainte et d*amoureuse ivresse Bemplissoit des moments à Tétude promis, Maudissant mille fois les rhéteurs ennemis, Dont les froides leçons attristoient ma journée, Malheureux, jappelois cette heure fortunée, Comme au fond des cachots le prisonnier tremblant Appelle à son secours un rêve consolant.
Mais, dès que sur les toits de ma docte cellule Commençoit à descendre un léger crépuscule.
Soudain, trompant les yeux d*un Argus obstiné. Je courois, je volois au rendez-vous donné.
Dans ce trajet rapide, une main tutélaire Sembloit jeter sur moi le voile du mystère, Et des plus doux refus d'avance heureux vainqueur, Je savourois déjà mon précoce bonheur :
Tant le soir m enivroit d*amour et d'espérance !
to ÉLÉGIES.
Aujourd'hui cependant que de l'adolescence Les rêves enchanteurs m'ont à jamais quitté ; Aujourd'hui que, vaincu par la réalité , Je dois à l'âge mûr des conseils salutaires , Tout m'invite à nourrir des pensers plus austères C Tout m'apprend que de l'homme un jour fait le destin , Et que pour lui ce jour n'a point de lendemain. Rempli de cette image, à peine l'ombre humide Enveloppe les bois dans sa marche rapide, À pas lents je m'égare au bord d'un lac désert , Où, du sein des roseaux, et de mousse couvert. S'élève un noir donjon, monument d'un autre âge. C'est là que, chaque soir assis près du rivage, De la brise nocturne écoutant les soupirs, J'abandonne mon ame à de sombres plaisirs. - La tristesse des lieux , leur lugubre magie, De mes ennuis secrets exaltent l'énergie.
Un transport inconnu m'agite : l'Aquilon Vient-il livrer la guerre aux arbres du vallon? Vois-je sur ces marais, de leurs cimes penchées,
Descendre en tourbillons les feuilles desséchées? Ainsi, me dis-je alors, tout succombe ici-bas, Tout se flétrit , s'efface ; et le vent du trépas , Terrible, nous entraîne au ténébreux royaume, De même que Forage entraîne Thumble chaume ^ Et rayit leur parure à nos boi^ jaunissants.
Bientôt, portés vers moi sur les ailes du temps, La vieillesse et Thiver de leurs mains décharnées Vont terrasser lorgueil de mes jeunes années.
Timide , je frémis , je m arrête à ces mots :
Il semble que déjà lombre de ces coteaux,
Ces vieux remparts détruits , leur muette éloquence,
Et ce bois qui s endort dans un vaste silence,
De la fin de mes jours veuillent m entretenir.
Hélas ! tout nous ramène à ce triste avenir !...
Mais, parmi les créneaux de cette tour altière. Qu'ombragent les festons de la vigne et du lierre, Quelle aimable clarté se présente à mes yeux?
la ÉLÉGIES.
G*est Tétoile du soir : d un pas silencieux La lune l'accompagne en sa route lointaine; Gomme on voit à 1 autel une modeste reine Accompagner sa fille, objet de son amour.
Ge moment est pour moi le signal du retour :
Adieu flambeau des nuits ! Demain, à la même heure ,
Tu me retrouveras près de cette demeure.
Fidèle ami du soir, dans son calme enchanteur.
Je viendrai m*enivrer du souffle inspirateur;
Et, transfuge ignoré d'un monde que j oublie.
Consacrer quelques vers à la mélancohe.
ËLËGIEl ij