‹ Poésies diversesChapitre 32 sur 57 · L'HERMITE DE SAINTE-AVELLE · texte numérisé non relu

L'HERMITE DE SAINTE-AVELLE

AUX rochers de Sainte-Avelle La reine Berthe autrefois Fit bâtir une chapelle À Notre-Dame-des-Bois.

Ce fut dans ce lieu sauvage, Qu'un jour, disant son missel , L*hermite du voisinage Reçut un beau damoisel.

Bien que le vieillard d avance

Cherchât à le rassurer,

L étranger, en sa présence^

Soudain se prit à pleurer.

A Mon fils , dit le soUtaire ,

M Parlez, d où naissent vos pleurs?

, i66 ROMANCES.

« — Hélas ! je n ese^ mon pèr«, « Vous confier mes douleurs.

« Pour avoir de noble dame « Obtenu simple baiser, « Je vais brâlsiit d-ttne fiamffle M Que rien ne peut appaiser.

m Oh ! dites-moi , je yeus pm, « Par quel chame si fatal « Le doux baiser d'ttne amie « Est caïue éê tant de miil.

«c Je ne sauroîs,

« Reposer dans mon sommeil ;

M Et , dès Tanbe , un tcoiâile estréim

« l^écipite mon réveil.

« Tout vient kriter ma peine ;

« Tout m offre i« scuveoir

« De la belle 43lilM»l«ne ,

« Dont les baisers fent mourir.

KOMANCES.

« Mais un époux dans Grenade « La tient sous sa dure loi ; « Et j*appreiid$ qu'à k croisade « Il me faut suivre le roi.

« Je viens donc ici, mon père, « Vous demaDdfirinstamnûit « Ou croix bénke, ou rosake, « Pour appaiser mon tcMirm^xt »

« Mon fils, r^oAdit l*hermite, « De Notre-Dame-d^s-Boès « Le pouvoir est sans Unité, « Et le ci«l s'ouvre à sa voix.

« Mais , hélas ! sur cette terre « Où riMmae ne vit qu'on jour, « Il n*est ni croix ni rosaire « Qui guérisse de famwH'. i>

MÉLDSINE.

i^ui n a pas su de Mélusini^ Et les amours et les malheurs?

Lusignan ! tes murs en ruine Attestent ses longues douleurs.

G est en vain qu'à sa voix puissante Furent asservis les enfers ; En vain sa beauté ravissante Avoit mis des rois dans ses fers.

Le sort qui, sans choix, nous dispense Et nous retire son appui, À tant de bien mêla d avance Le poison d un secret ennui.

Mais, tandis quune loi cruelle La poursuivoit de sa rigueur,

• ROMANCE& . i6^

Mélusine ètoit un modèle D amour, de grâce et de eaadeur.

Un jour que cette aimable £ée Suivoit d'un bois le frais sentier.

Seul, assis au pied d un trophée, Elle aperçut un beau gpierrier.

C'étoit Raimond , vivante image Du noble comte de Forez, Jeune héros dont le courage Surpassoit les mâles attraits.

Le voir, lui plaire, en être aimée. Partager son tendre tourment, Pour renchanteresse charmée Ce fut Touvrage d'un moment.

Mais ayant de serrer la chaîne Qui devoit les unir tous deux, L'imprudente magicienne Dit à son esclave amoureux :

« O Raimond ! charme de ma vie ,

« Espoir de ce cœur agité ,

« Oui , c en est fait , je vous confie .

tt Le soin de ma félicité.

« Mais, au sein des nuits les plus «ombres,

« Quand je m'enfuirai de vos bras,

«Jurez-moi qua travers les ombres

« Jamais vous ne suivrez mes pas. »

En proie à la plus douce ivresse , Raimond jura par son amour :

« Si jamais j'enfreins ma promesse, « Abandonnez-moi sans retour. »

A ces mots , un pouvoir magique Le transporte, loin des regards.

Au sein d'un château magnifique, Oii l'or brilloit de toutes parts.

Sur les bords qu'arrose la Vienne, S'élevoient ces murs rayonnants,

Dont les tours dominoient la plaine , Berceau futur des Lusignans.

C'est là que, d'un hymen prospère Cultivant les doux rejetons, Ces époux, soigneux de se plaire, Du ciel épuisoient tous les dons.

Dès que Taurore sur leurs têtes Rallumoit ses timides feux, L'amour, les tournois et les fêtes, Partageoient leurs moments heureux ; Et la nuit, près de ces demeures.

Des sylphes portés dans les airs , De leur sommeil charmoient les heures Par de voluptueux concerts.

Cependant une humeur chagrine Se glissoit au cœur de Raimond ;] Souvent il voyoit l^élusine S'enfermer dans un noir donjon.

t^a ROMANCES.

Nul en ces lieux n osoit la suivre ; Et, seul jusques à son retour, Le guerrier s'indignoit de vivre En proie aux soupçons de Taiiiour.

Payant la couche nuptiale, Et de jalousie éperdu.

Une nuit enfin , nuit fatale !

Il pénètre au lieu défendu.

Bientôt une clarté douteuse L'attire vers un souterrain.

Où, dans lombre silencieuse, Brûloit une lampe d airain.

Il approche , «t , sur la poussière , Il voitldélusine à genoux :

Un cercle , magique banière , Arrête le guerrier jaloux.

Là, contre toute la nature, La fée en plaintes se répand ;

Et, des pieds jusqu'à la ceinture, Devant lui se roule en serpent.

Raimond contemploit ce {Krodige, Pâle, et d'épouvante glacé ; Mais voici qu'un plus doux prestige Ranime son cœur oppressé.

Des flancs de la roche voisine S'épanche un ruisseau toujours frais; Et dans cette onde Mélusine A retrouvé tous se| attraits.

À cet aspect qui le rassure,

Ck)nfus , il veut quitter ces lie«x ;

Biais la fée a vu le parjure,"

Et poussant un cri douloureux :

« Hélas ! il est donc vrai, dit-elle ;

« En vain j'ai compté sur ta foi !

« Raimond ! Raimond ! ton cœur rebelle

« N'a donc pu se fier à moi !

« Maintenant que de ma misère « Le secret est en tan poUrpir, « Oubliant que je te fus chère , « Sans dégoût pourras-tu me voir ?

« Non , une si f oUe espérance « Ne saurait abuser mon coeur ; « Et ta jalouse défiance « A renversé, tout mop bonheur.

« O toi , qui seul eus ma tendresse , « Tu le sais , tu m*a^ di| un jour :

« Si jamais j'enfreins ma promesse , « Abandonne&moi sams retour.

a Eh bien ! je t'obéis , perfide ; « Reçois mon étemd adieu. »

Elle dit; et dans l'ombre humide S'envole sur un char de feu.

En la perdant, cette demeure Perdit tous ses enchantements :

Mais la fée aax fils qu'elle pleure Garda ses premiers sentiments.

Contre le crime et le mensott^^e Elle arma leurs vaillantes mains ; £t souvent elle vint en songe Leur inspirer de grands desseins.

Bientôt sa vertu , son courage , Le secours de spn bras puissant , S'étendit comme un héritage À tous les fils du même sang; :

Et depuis, quand ï^ ou la guerre De l'un d'eux terminoic le sort.

Inconsolable messagère, Mélusine annonçoit sa mort.

À l'heure où vers le toit champêtre La nuit ramenoit les troupeaux.

On voyoit hrfée apparottre Debout au sommet des créneaux.

Là , sous les habits du veuvage, Dans lombre elle poussoit dies cris; Et ces cris éloient le présage Du malheur qui frappoit ses fils.

Aujourd'hui, bien que d^ns la plaine Le temps ait fait crouler ces tourS, La mystérieuse fontaine Sur ses bords la revoit toujours.

On dit même qu'avant Taurore, À tous les regards échappant, Elle vient s y baigner encore.

Moitié femme, moitié serpent.

aOMANGES. «77

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