DE LA MONTAGNE NOIRE
JJans les détours de la montagne noir^.
Près de Revel , est un abîme affreux.
L'Occitanie a gardé la mémoire Des pleurs versés sur ces bords malheureux.
J*en vais conter la déplorable histoire; Prêtez l'oreille à mes chants douloureux.
C'est en ces lieux qu'une onde mugissante.
Aimable Arthur ! -défendoit tes créneaux.
Du vieux Mainfroi l'héritière charmante Brûloit déjà pour ce jeune héros.
Quand , sur les pas d'une élite brillante , De la croisade il suivit les drapeaux.
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Cinq ans Arthur fut captif en Syrie ; Cinq ans la belle attendit son retour.
Loin que Fabsence ou le temps l'eût gaérie^ EllcFaimoit comme le premier jour ; Et, conservant son image efaérie, Elle écarta tous les servants d* Amour.
Mais y libre enliB y odai qu'elle préfère ,
Du mont natai à rem les sommets :
Pour Geneviève 7 et pour iHsûnfroi son père y
Il a juré de vivre désormais ;
Et, sous Faim du tok héréditaire.
Les deux antaaÉs vent s'unir à jamais.
Déjà aaissoit in briHante journée
Où le vieillard deveit bénir ces DC»iid$.
Gage d'amour, et serment d'byménée,
Du jeune Arthur aMoient cenàÀtt les vœux;
Tout étoît prêt : mais que la destinée
Dans ses faveur a des retours affreux !
ROMANCES. i8i
Impatient du bonheur cpii s avance.
Le chevalier monte un beau palefroi.
Il sort, guidé par la douce espérance De voir bientôt la fille de Mainfroi :
Belle d'attraits autant que d'innocence ^ Elle approchoit pour recevoir sa foi.
Vingt ménestrels à Técharpe dorée, O Geneviève l accompagnoient tes pas.
Près de ton père, et dun voile parée, Tu cachois mal ton modeste embarras :
Telle une rose, au doux zéphyr Hvrée, Semble rougir de ses jeunes appas.
Un ciel d'azur éclairoit cette fête; Le long du gouffre ils alloient folâtrant.
Mais, 6 douleur! voici que la tempête Au sein des jeux tout-^-coup les surprend* La foudre gronde, et la troupe s'arrête En un sentier, sur le bord du torrent,
iS9 ROMANCES.
JLà, vainement k yierge épouvantée Cherche un abri oontre nn del en cotUTdnx.
Des longs replis de sa robe agitée Les aquilons entourent ses genoux ; Et dans Tabime elle roule emportée , En appelant son père.£t son époux.
A ce spectacle, oh ! qui pourra redire Et la douleur et l'efïroi du vieillard?
Du jeune amant qui peindra le délire, Ses noirs transports, son farouche regard?
L'infortuné se roule , se déchire , '^ Et veut ei) vain se frapper d'un poignard.
plus calme enfin, dans son ame attendrie Un deuil profond remplace les foreurs* « Ma Geneviève, ah ! quand tu m*es ravie, « C'est bien raison que je verse des pleurs : <i J'ai , te perdant , perdu plus que la vie , « Et sans re^gceU , oui , je sens que je meurs^ «
ROMANCES. i83
Disant ces mots, plein d'un chagrin sauTaçe^ Au fond des bois il court s'ensevelir.
Gomme un beau lis abattu par Forage, Dans la tristesse on le vit se flétrir; Et sur ces bords fondant un faermitaçe , Le malheureuxy vint bientôt mourir.
Depuis ce jour, quand la lune s'élève Gomme une lampe au milieu d'un ciel pur,.
En gémissant, la voix de Geneviève Monte du fond de cet abtme obscur.
L'heure s'écoule; enfin la nuit s'achève, Et cette voix appelle encore Arthur.
Mais si l'orage ébranle la montagne,
Et dans la nuit semble éveiller les morts ;
Si le torrent à travers la campagne
Se précipite et ravage ses bords,
Au bruit des vents «pie l'éclair accompagne,
Du chevalier l'ombre apparoit alors.
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Elle apparott près de ce gouffre humide, Sur un coursier éclatant de blancheur; Et, franchissant dans sa course rapide Ces noirs rochers, témoins de son malheur, Elle se plaint, maudit ce lieu perfide, Et par ses cris sème au loin la terreur.
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