LE TROUBADOUR HERMITE
(^ui veut savoir la touchante aventure De Bérenger, la fieur des Troubadours?
Il adoroit Hermance de Solure, Et TofFensa par d'imprudents discours :
C est grand-pitié de fâcher ses amours.
Abandonné de celle qu*41 outrage, Et rougissant de ses jaloux transports , L^infortuné dans un antre sauvage ^ Se retira pour expier ses torts ; Car aux cités il n est point de remords.
Là, d'un cilice et d'un manteau de bure, Nouvel hermite , il voulut se vêtir.
Un pain grossier devint sa nourriture;
Le jour, la nuit, on Fentendoit gémir; Tant la souffrance est douce au repentir!
De ces cantons en vain les nobles dames Firent dessein de charmer sa douleur :
« Non, disoit-il, à de nouvelles flânâmes « Ne puis trouver ni plaisir ni douceur :
« Jusqu au trépas Hermance aura mon cœur. »
Pour consoler sa tristesse profonde, Maints chevaliers visitoient sa prison :
« O mes amis ! rien ne m*est plus au monde, « Si je n'ai d'elle un généreux pardon. « Et de ses pleurs il mouilloit le gazon. ,
Or, un beau jour qu au travers de la plaine Ducs et barons cbassoient joyeusement, Voici venir la fière. châtelaine Vers le rocher du malheureux amant; Mais , j'en suis sûr, par hasaitl seulement.
À cette vue, implorant sa clémence , Le solitaire approche humilié :
« Assez, dit-il, j*ai pleuré mon offense ; « Oh! rendez-moi votre ancienne amitié :
« Dieu ne pardonne à qui fut sans pitié. »
K Non, lui répond Hermance tout émue; « Laissez-moi fuir et m*éioigner d*ici. »
Mais des chasseurs la foule est accourue :
Pour Bérenger tous demandent merci ; 3on cœur, je crois, le demandoit aussi.
Par tant d amour enfin persuadée, À sa tendresse elle donna lessor.
Le pauvre hermite eut sa grâce accordée; Il reçut d'elle écharpe et bague d'or :
L'histoire dit qu'il obtint mieux encor.
D'après ceci , modeste jouvencelle Pourra juger, sans de plus longs discours,
aoo KOMANGES.
Gomme 911 aimoit, comme on étoit fidelle, Au siècle heureux des loyales amours. ' Ah ! que le monde est changé de nos jouts t
KOMANCES. 201