‹ Poésies diversesChapitre 42 sur 57 · INÈS ET ROGER · texte numérisé non relu

INÈS ET ROGER

« JDis mes plus jenDes ans , « Oui , c'est vous seul que j*aîine ^ « Mon cœur est, je le sens, « Plus à vous qu'à moi-même :

« Vous eûtes mes amours, « Vous les aurez toujours. »

C'est en oes mots qu'un soir, Dans la forêt de Ghelle, À Roger de Reaunoir Parloit Inès la belle ; Et près d'eux, dans le bois, Gouroit un cbien danois.

Mais voici qu'un guerrier Survient par aventure.

ROMANCES. 3o5

Et du beau cheTaiisr Convoite la future :

« Allons, cède-^Ia-moif M Dit-il, ou défends-toi. n

« Viens , lui népasd le preux, « C'est moi qui te d^us. »

Et, tandis qu'Autour d'eux L'herbe est d^à rougie, Inès tranquillement Attend le dénoûment.

Mais lorsque vint la xmil, • « Tiens , dit ie téméraire, « Crois-n^oi, veuzrtn s^na bruit « Terminer cette affaire ?

« Que la dame «ntre noua « Fasse choix d'un époux. »

« Eh bien I soit ; j'y consens :

u Choisis, ma Gojoinbelle. »

3o6 ROMANCES.

À ces tendres accents ^ Cette amante fidelle, Pour suivre l'étranger, Laisse le bon Roger.

Roger, en vrai chrétien Supportant cette offense, Fort triste, avec son chien S*éloignoit en silence , Quand l'étranger maudit Le rappelle et lui ditx

tt Ce beau chien me plait fort, « Pardon si je t'en prive. »

« Ah ! dit Roger, d'accord >.

tt Mais pourvu qu'il te suive.

« Laissons à mon danois « La liberté du choix. «

Aussitôt l'indiscret T consent et l'appelle.

ROMANCES. ao7

Mais un chien ne sauroit Changer comme une belle :

Celui-ci sans bouger Resta près de Roger.

Mesdames, qui de vous iraim>it eu sa constance?

Certes, nous savons tous Ce qu'il faut qu*on en pense.

Soyez donc sans remords; J*ai peint les mœurs d'alors.

3o8 HOMANCES.

LE MEDRTftlER.

Au règne d'Alphonse premier, Non loin des remparts de 8éviUe, Dans une église mi meurtrier^ Le soir, vint chercher on asile.

Là, poursuivi par le remords y Il osa se mettre en prière; Mais bientôt, malgré ses efforts, Le sommeil surprit sa paupière.

Ainsi lavoit permis le ciel.

Pour amener un grand exemple :

Tandis qu'il dort loin de l'autel , Les prêtres ont fermé le temple.

Seule, une mourante clarté Yeille dans ce lieu redoutable ,

BOMâNGES. ao9

Et dispnte à Fobscurité

La retraite où dort le coupable.

D*abord nulle clameur, nul bruit N'arrive jusqu'à son oreille ; Mais quand rairâin sonne minuit, Alors le malheureux s'éveil(e<

Il s'éveille I et reconnoisant Les autels du Dieu qu'il implore^ L'oeil baissé, le front pâlissant^ Il veut en vain prier encore.

Des vents le funèbre soupir.

Du hibou le cri lamentable, Ces vitraux qu'il entend frémir,.

Tout le menace , tout l'accabk.

L'épouvante glace sa voix»

Respirant à peine , il écoute ;

Et son nom prononcé trois fois.

Trois fois fait retentir la voûte.

aïo HOMâNGIïS.

Il veut fuir ; mais d un souterrain j Antique et vaste sépuhnro , Tout-^i-coup les portes d'airain S ouvrent avec un long murmure.

Une lueur qui lentement En éclaire ht sombre entrée, Annonce que du monument S'élève quelque ombre éplorée.

Bientôt un fantôme voilé A pas tardifs monte et s'avanôe.

Aux cris dont la voûte a tremblé Succède un lugubre silence.

la lampe qui brûle en sa main Par degré pâlit et s'épuise; Un sang noir coule de son sein :

Muet, il erre dans l'église.

Puis, s'aj^rocLant du malheureux ' (Qu'enchaîne un pouvoir invisible,

Le spectre étend ses bras hideux, Soupire , et d*une voix terrible :

« Te souvient-il de cette nuit « Témoin d une afFreuse vengeance, « Où, près de ma eottcbe introduit, u Tu m*égor^s sans résistance?

« G est vainement que dans ces lieux « Tu pensois trouver un refuge.

« Le ciel a repoussé tes vœilx ; « Cruel , suis-moi devant ton juge. »

Il dit; et, dévoilant enfin

Des traits, long-temps cachés dans lombre,

Il attache sur Tassassm

Un regard immobile et sombre.

À ce regard accusateur, À ces blessures qu'il contemple.

Le malheureux, glacé d'horreur.

Tombe sur le pavé du temple.

aia ROMANCES.

Bientôt des premiers feux du jour Cette nuit fatale est suivie ; La foule inonde ce séjour :

On le trouve étendu sans vie.

Chacun s'arrête épouvanté ; Chacun entoure la victime ; Et parmi ce peuple agité S'éveille le soupçon d'un crime.

Mais , sur la pierre des tombeaux Où reposoit le corps livide, . À tous les yeux s'offrent ces mots :

« Le ciel a frappé l'homicide. »

ROMANCES. aii3

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