‹ Poésies diversesChapitre 48 sur 57 · LE DERNIER CHANT D'ISADRE · texte numérisé non relu

LE DERNIER CHANT D'ISADRE

lUins ad tumulnm fugiam, flapplex(|ue sedebo.

TlBULLE.

Je me réfugierai près de son tombeau, et j'y invoquerai les dieux.

t iDELE au souvenir qui la retient captive Dans les lieux où repose un amant adoré, ^ Isaure chaque jour venoit , triste et pensive ^ Prier sur le tombeau , monument ignoré, Qu éleva sa douleur aux vallons de la Nive.

Le printemps se parait de ses premières fleurs , Lorsque du jeune Urbain le sort trancha la vie;

Et sous les saules', protecteurs

D*une dépouille si chérie,

ROMANCES. a35

Elle bravoit encor l'hiver et ses rigueurs^ Seule, et traînant ses pas dans la feuille flétrie.

Un soir qu enveloppé de sinistres vapeurs, Le ciel nous déroboit sa lumière affoiblie, La malheureuse Isaure, en sa mélancolie, Soupira cette plainte, où se mêloient des pleurs ,

Et qu amante du deuil ma muse a recueillie;

Gomme un doux vêtement

Déjà la neige tombe;

Elle couvre la tombe «

Où dort mon jeune amant.

Ces fleurs, naïf emblème

Offert à mes chagrins.

Ces fleurs, que de ses mains

Il cultivoit lui-même ,^

Sans abri désormais.

Languissent effeuillées ,

Et semblent pour jamais

1^ pufbiBS dépouillées.

O fleurs 1 qu^an doux sommeil Sur vous s'appesantisse; D*un astire phis propice Attendes le réveil.

Hélas ! quand Philomèle Retrouvera des son»; Quand la saison nouvelle , À la terre plus belle Rendra de frais casons, Aloi^, plantes chéries, Votts vous réveiUeres; Et vos tiges fleuries , Vos calices dorés.

Couvriront ces prairies Et ces bords ignorés.

Pour moi , loin de renaître Au souffle du matin ,

Dans ce réduit champêtre Je dormirai peut-être ,

Mais du sommeil sans fin.

Ce chant dlsaure et ce funeste aug;ure

De la Mort furent entendus.

L*hiver cessa bientôt d*attrister la nature ;

Mais sur la naissante verdure Les brises du printemps ne la trouvèrent plus.

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