‹ Poésies diversesChapitre 54 sur 57 · ISAURE ET BLONDEL · texte numérisé non relu

ISAURE ET BLONDEL

V OYEZ- vous , sur cette colline , Ce château couronné de tours ; Ces murs qu'une source voisine Arrose en mufmurant toujours?

C est là que, d*ue mort cruelle, Périt Isaure et son amant.

Je vais , sur ma harpe fidelle, Chanter ce triste événement.

Oh ! comme elle étoit belle , Isaure , Avant les jours de sa douleur !

Fraîche des larmes de Taurore, Ainsi brille une jeune fleur.

Son front, chaste comme son ame, Étoit paré de blonds cheveux ;

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Et ses yeux, dans leur douce flamme, Se peignoient de Fazur des cieux.

Bientôt dune vive tendresse Isaure éprouva les tourments :

Un damoisel plein de noblesse Reçut ses fidèles serments.

Blondel laima d*amour constante ; Blondel lui donna tout son cœur; Et, dans leur ardeur innocente, Ces amants trouvoient leur bonheur.

Mais, en secret, un père avare Dlsaure avoit vendu la main :

Raoul, vieillard dur et barbare, À Fautel l'épouse demain.

La pauvre Isaure se lamente.

Hélas ! qui n*auroit plaint son sort , Quand sa voix triste et gémissante Demandoit Blondel ou la mort.

DE M. LORRANDO. a6i

Malgré tes touchaDtes alarmes, Isaure, ii fallut obéir!

Tu formas, en versant des larmes, Des nœuds que tu devois trahir.

G*étoit la nuit, la voûte sainte Brilloit de lugubres flambeaux; Et Blondel, dans la même enceinte, Pleuroit, caché par des tombeaux.

Depuis , près de la tour dlsaure , Sous les habits d un Troubadour, Le damoisel vient dès Taurore Implorer un regard d*amour.

Et quand la nuit et le silence Planent sur les sombres créneaux, De sa naïve doléance Il attriste ainsi les échos :

« Fleur de beauté, charmante rose, tt Dont la douce image me suit.

« Dans la nature tout repose, « Et moi , je languis jour et nuit.

« Isaure , cpiand tu m'es ravie , « Mes pleura seront-ib supeiflos?

« Chère espérance de ma viet « Ne te reverrai-je donc plus ?

« D*un hymen que mon cœur déteste « Abjure le joug odieux; « Un asile simple et modeste « Va protéger nos tendres feux.

« Ne crains pas que je sois parjure t « Je t*adore, et je suis Blondel...

« Mon ame est loin de Timposture»

« Comme la terre Test du ciel ! »

Au sein du donjon sotitaire Où gémit la triste beauté, Un soir, par la brise légère , Ce chant dWour fut apporté.

DE M. LORRA9D0. a6S

À cette voix si bien connue, A cette voix qu'elle chérit, La pauvre Isaure, toute émue, Sans défiance répondit :

« Ami, que je j^ttre sans cesse, « Qui reçus mon premier sonpii*, « À nos cœurs navrés de tristesse « Va luire un plus doux avenir.

« Viens à minuit; de la tour sondiie « D où ces accents vont jusqu'à toi, « Seule, je descendrai dans l'ombre, « Et je m abandonne à ta foi. »

O déplorable destinée!

Raoul vient d'entendre ces mots.

Déjà contre l'infortunée Il médite de noirs complots.

Mais , tandis que la jalousie Agite son barbare cœur,

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Isaore, calme et recueillie, Se livre à Fespoir du bonheur.

Bientôt Blondel, plein de sa flamme, Accourut sur un beau coursier Vers les murs où sa noble dame A lui se devoit confier.

Du sommet des tours ruinées Sortoit un sourd gémissement; Et , dans les cours abandonnées, Les dogues hurloient tristement.

Dès que Tairain de la chapelle A Blondel annonça minuit, Du fond de lobscure tourelle Tout-à-coup s'élève un grand bruit. Une mourante voix Timplore; Il lève des yeux effrayés :

O crime 1 la tête d'Isaure Du haut des murs tombe à ses pi^ds.

DE M. LORRAIïDOv adS

Ainsi Raoul, dans sa furie, Avoit tranché de si beaux jours.

Soudain Blondel finit sa vie Dans Fonde qui baigne les tours.

Et, la nuit, les ombres plaintives De ces infortunés amants Errent sur ces eaux fugitives, Gomme deux cygnes gémissants. '

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