LA BARQUE DE DEUIL
Approghez-voi3S, belles; venez m'entendra, Si votre cœur se complaît dans le deuil.
Je vous dirai cette reine si tendre, Qu'un sort cruel a plongée au cercueil.
Et toi , mon luth , délices de ma vie, À mes accents unis ta mélodie.
Pour Lancelot, ce guerrier valeureux, La jeune Inès répandit bien des larmes ; ' Dans les ennuis d un amour malheureux, Gomme une fleur se flétrirent ses charmes ; Et, prévoyant déjà son dernier jour, Elle appela les dames de sa cour.
« Or, écoutez, vous dont j*aimais le zèle : « Quand le trépas finira mon destin,
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« Déposez-moi dans une humble nacelle , i Avec récrit que vous donne ma main.
« Sur mon front pâle attachez ma couronne; « Et que la nuit aux flots on m*abandonne. »
Ainsi mourut, aux jours de son printemps, La^tendre Inès que ses feux consumèrent.
Sa cour en deuil la regretta long-temps ; ' Long-temps aussi ses vassaux la pleurèrent.
On respecta sa triste volonté, lit vers la mer son beau corps fut porté.
Un chapelain dans la barque funeste La déposa, glacée et sans couleur.
Un diadème, omoit son front modeste ; L'écrit fatal reposoit sur son cœur; Et, d*un linceul chastement entourée.
Elle quitta cette rive éplorée.
Il eût fallu voir ce fragile esquif, 5eul, poursuivant son nocturne voyage,
Au bruit des vents, au murmure plaintif De l'Alcyon, gémissant dans Forage; Tandis qu au sein des jeux et des amours, De Lancelot s'écouloient les beaux jours !
Le sort voulut que la vague écumante Poussât la nef au port de Gramalot. * Cest là qu Artus tenoit sa cour brillante ; C*est là qu'Inès avoit vu Lancelot.
Au même instant , avertis par un page , Belles, guerriers , descendent au rivage.
Le noble Artus, d'un pas religieux. Lui-même entra dans la'barque flottante.
Là, saisissant l'écrit mystérieux Qu'Inès traça d'une main défaillante,
* Nom donné, par tous les vieux Romaiiciers, à la ville de la Grande-Bretagne où se tenoit la cour du roi Artus.
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Il ordonna qu un de ses écayers À haute voix le lût aux chevaliers.
« Salut à vous, preux de la table ronde !
« Apprenez tous un amour trop fatal :
« Un chevalier célèbre par le monde u Fut envers moi félon et déloyal.
« À Lancelot j*avois donné mon ame, « Et le cruel a dédaigné ma flamme !
« Tant de mépris a causé mon trépas :
R Des pleurs d'Inès ce fut la récompense.
« Nobles guerriers ! oh ! ne refusez pas « Quelques regrets à ma longue souffrance ; « Et vous, beautés qui voyez mon malheur, « Contre Tamour gardez bien votre cœur ! »
À ce récit, la foule consternée
Se retira, poussant de longs sanglots.
On inhuma la reine infortunée
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Sur une grève où gémissoient les flots; Et, dans le port, le généreux monarque Avec respect fit conserver la harcpie .
Vers cette barque accouroient les amants.
Pour se jurer des amours étemelles :
Même Fen dit que les plus inconstants À son aspect redevenoîcnt fidèles. ' Heureuse nef J ah ! que dans nos amours Tu nous serois d*un merveilleux secours !
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