SEPTIEME TABLEAU
^^^^vjr pour vous ,
Toujours vous cherche en sa mélancolie.
A ton aspect , solitude chérie , Je ne sais quoi de profond et de doux \ lent s'emparer de mon âme attendrie.
Si l'on savoit le calme qu'un ruisseau
En tous mes sens porte avec son murmure , Ce calme heureux que j'ai , sur la verdure , Goûté cent fois seul au pied d'un coteau , Les froids amants du froid séjour des villes « Rechercheroient ces voluptés faciles.
Si le printemps les champs vient émailler ,
Dans un coin frais de ce vallon paisible ,
Je lis assis sous le rameux noyer ,
Au rude tronc , au feuillage flexible.
Du rossignol le suave soupir
Enchaîne alors mon oreille captive ,
Et dans un songe au-dessus du plaisir ,
Laisse flotter mon ame fugitive.
Au fond d'un bois quand l'été va durant ,
Est-il une onde aimable et sinueuse
Qui , dans son cours , lente et voluptueuse ,
A chaque fieur s'arrête en soupirant :
Cent fois au bord de cette onde infidèle
J'irai dormir sous le coudre odorant ,
Et disputer de paresse avec elle.
Sous le saule nourri de ta fraîcheui" amie , Fleuve témoin de mes soupirs ,
Dans ces prés émaillés, au doux bruit des zéphirs ,
Ton passage offre ici l'image de la vie.
En des vallons déserts , au sortir de ces fleurs ,
Tu conduis tes ondes errantes ^
Ainsi nos heures inconstantes
Passent des plaisirs aux douleurs.
Mais si voluptueux , du moins dans notre course,
Du printemps nous savons jouir , Nos jours plus doucement s'éloignent de leur source , Emportant avec eux un tendre souvenir : Ainsi tu vas moins triste au rocher solitaire ,
Vers ces bois où tu fuis toujours ,
Si de ces prés ton heureux cours
Entraîne quelque fleur légère.
De mon esprit ainsi l'enchantement Naît et s'accroît pendant tout un feuillage. L'aquilon vient , et l'on voit tristement T-.'arbre isolé sur le coteau sauvage , Se balancer au milieu de l'orage.
De blancs oiseaux en troupes partagés Quittent les bords de l'Océan antique : Tous , en silence à la file rangés , \ Fendent l'azur d'un ciel mélancolique.
J'erre aux forêts où pendent les frimas • Interrompu pai* le bruit de la feuille Que lentement je traîne sous mes pas , Dans ses pensers mon esprit se recueille.
Qui le croiroit ? plaisirs solacieux ,
Je vous retrouve en ce grand deuil des cieux :
L'habit de veuve embellit la nature.
II est un charme à des bois sans parure :
Ces prés riants entourés d'aulnes verts ,
Où i'onde molle énerve la pensée ,
On sur les fleurs l'âme rêve bercée
Aux doux accords du feuillage et des airs 5
Ces prés riants que l'aquilon moissonne ,
Plaisent aux cœurs. Vers la terre courbés
Nous imitons , ou flétris ou tombés ,
L'herbe en hiver et la feuille en automne.
HUITIÈME TABLËAt).