SIXIEME TABLEAU
NUIT D'AUTOMNE
A I S des nuits d'auf onrno ^Goûtons les douceurs ; Qu'aux aimables fleurs Succède Pomone.
Le pâle couchant
Brille encore à peine ^
De Vénus , qu'il mène ,
L*astre va penchant ;
58 NUIT D'AUTOMNE
La lune , emportée Vers d'autres climats , Ne montrera pas Sa face argentée.
De ces peupliers , Au bord des sentiers , Les zéphyrs descendent , Dans les airs s'étendent Efileurent les eaux , Et de ces ormeaux Raniment la sève :
Comme une vapeur, La douce fraîcheur De ces bois s'élève. Sous ces arbres verts , Qu'un vent frais balance , J'entends en silence Leurs légers concerts • Mollement bercée , La voûte pressée En dôme orgueilleux Serre son ombrage , Et puis s'entr'ouvrant , Du ciel lentement
A^LIT D'AUTOMNE
Découvre l'image.
Là , des nuits l'azur Dans un cristal pur Déroule ses voiles , Et le flot brillant Coule en sommeillant Sur un lit d'étoiles.
Oh! charme nouveau!
Le son du pipeau
Dans l'air se déploie ,
Et du fond des bois
M'apporte à la fois
L'amour et la joie.
Près des ruisseaux clairs, Au chaume d'Adèle Le pasteur fidèle Module ses airs.
Tantôt il soupire -, Tantôt il désire ; Se tait : tour à tour Sa simple cadence Me peint son amour Et son innocence.
NUIT D'AUTOMNE
Dans son lit heureux La pauvre attentive Écoute, pensive, Ces sons dangereux :
Le drap qui la couvre Loin d'elle a roulé , Et son œil troublé Mollement s'entr'ouvre.
Tout entière au bruit Qui, pendant la nuit, La charme et l'accuse > Adèle au vainqueur Son aveu refuse , Et donne son cœur.