‹ Poésies diversesChapitre 17 sur 108 · ELEGIE IMITEE DE GRAY · texte numérisé non relu

ELEGIE IMITEE DE GRAY

Londres, 1796.

(ANS les airs frémissants j'entends le long murmure

»T)e la cloche du soir qui tinte avec lenteur, Les troupeaux en bêlant errent sur la verdure ; Le berger se retire et livre la nature A la nuit solitaire , à mon penser rêveur.

' Cette imitatioa a dté imprimée à Londres, dans le journal de Pi:Itier. Fofez la Pre'face.

U LES TOMBEAUX CHAMPETRES.

s, 'ans l'orient d'azur l'astre des nuits s'avance, Kt tout l'air se remplit d'un calme solennel. Du vieux temple verdi sous ce lierre immortel , L'oiseau de la nuit seul trouble le grand silence. On n'entend que le bruit de l'insecte incertain , Et quelquefois encore , au travers de ces hêtres , Les sons interrompus des sonnettes champêtres Du troupeau qui s'endort sur le coteau lointain.

Dans ce champ où l'on voit l'herbe mélancolique Flotter sur les sillons que forment ces tombeaux , Les rustiques aïeux de nos humbles hameaux Au bruit du vent des nuits dorment sous l'if antique. De la jeune Progné le ramage confus , Du zéphyr, au matin , la voix fraîche et céleste . Les chants perçants du coq ne réveilleront ptus Ces bergers endormis sous cette couche agreste. Près de l'âtre brûlant une épouse modeste N'apprête plus pour eux le champêtre repas ^ Jamais à leur retour ils ne verront , hélas ! D'enfents au doux parler une troupe légère , Entourant leurs genoux et retardant leurs pas , Se disputer l'amour et les baisers d'un père.

LES TOMBEAUX CHAMPETRES. 46

Souvent, ô laboureurs ! Cérès mûrit pour vous Les flottantes moissons dans les champs qu'elle dore 5 Souvent avec fracas tombèrent sous vos coups Les pins retentissants dans la forêt sonore. En vain l'ambition, qu'enivrent ses désirs, Méprise et vos travaux et vos simples loisirs : Eh ! que sont les honneurs ? l'enfant de la victoire , Le paisible mortel qui conduit un troupeau , Meurent également -, et les pas de la gloire , Comme ceux du plaisir, ne mènent qu'au tombeau. Qu'importe que pour nous de vains panégyriques , D'une voix infidèle aient enflé les accents? Les bustes animés, les pompeux monuments, Font-ils parler des morts les muettes reliques?

Jetés loin des hasards qui forment la vertu , Glacés par l'indigence aux jours qu'ils ont vécu, Peut-être ici la mort enchaîne en son empire ûe rustiques Newtons de la terre ignorés , D'illustres inconnus dont les talents sacrés Eussent charmé les dieux sur le luth qui respire Ainsi brille la perle au fond des vastes mers; Ainsi meurent aux champs des roses passagères

46 LÏS tÔMBËAtJX CHàMI^ItrES.

Qu'on ne Voit point rougir* , et qui , loin des bergères , D'inutiles parfums embaument les déserta.

Là , dorment dans l'oubli des poètes sâïis gloir* . Des orateurs sans voix , des héros sans victoire • Que dis-je ! des Titus faits pour être adorés Mais si le sort voila tant de vertus sublimes , Sous ces arbres en deuil combien aussi de crim^ Le silence et la mort n'ont-ils point dévorés ! Loin d'un monde trompeur , ces bergers sans euvie , Emportant avec eux leurs tranquilles vertus , Sur le fleuve du temps passagers inconnus , Traversèrent sans bruit les déserts de la vie. Une pierre , aux passants demandant un soupir, Du naufrage des ans a sauvé leur mémoire j Une muse ignorante y grava leur histoire Et îe texte sacré qui nous aide â mouni . En fuyant pour toujours les champs de la lumière Qui ne tourne la tôte au bout de la carrière ? L'homme oui va passer cherche un secours nouveau : Que la main d'un ami , que ses soins chers et tendres , Kntr'ouvrent doucement la pierre du tombeau ! Le feu de l'amitié vit encor dans nos cendres.

LES TOMBEAUX CHAMPETRES.

Pour moi qui célébrai ces tombes sans honneurs ,

Si quelque voyageur , attiré sur ces rives

Par l'amour du rêver et le charme des pleurs ,

S'informe de mon sort dans ses courses pensives

Peut-être un vieux pasteur, en gardant ses troupeaux

Lui fera simplement mon histoire en ces mots •

« Souvent nous l'avons vu , dans sa marche posée

« Au souris du matin , dans l'orient vermeil ,

« Gravir les frais coteaux à travers la rosée ,

« Pour admirer au loin le lever du soleil.

« Là-bas , près du ruisseau , sur la mousse légère ,

« A l'ombre du tilleul que baigne le courant ,

« Immobile il revoit , tout le jour demeurant

« Les regards attachés sur l'onde passagère.

« Quelquefois dans les bois il méditoit ses vers

« Au murmure plaintif du feuillage et des airs.

« Un matin nos regards , sous l'arbre centenaire ,

« Le cherchèrent en vain au repli du ruisseau •,

« L'aurore reparut , et l'arbre et le coteau ,

« Et la bruvère encor , tout étoit solitaire.

« Le jour suivant , hélas ! à la file allongé ,

« Un convoi s'avança par le chemin du temple.

« Approche, voyageur ! lis ces vers, et contemple

« Ce triste monument que la mousse a rongé. »

LES TOMBEAUX CHAMPETRES,

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