‹ Poésies diversesChapitre 21 sur 108 · MILTON ET DA VENANT · texte numérisé non relu

MILTON ET DA VENANT

Répond l'homme au manteau. Milton soudain s'écrie ; • O noire trahison ! moi qui sauvai ta vie î »

— « Oui , « repart le poëte interdit , rougissant , « Mais vous êtes coupable , et j'étois innocent. «< Ferme stoïcien , montrez votre courage I « Mon vieil ami , la mort est le commun partage : « Ou plus tôt , ou plus tard , le trajet est égal « Pour tous les voyageurs. Voici l'ordre fatal. ^>

La fille de Milton , objet rempli de charmes , Ouvre l'affreux papier qu'elle baigne de larmes . C'est elle qui souvent , dans un docte entretien , Relit le vieil Homère à l'Homère chrétien \ Et des textes sacrés , interprète modeste , A son père elle rend la lumière céleste , En échange du jour qu'elle reçut de lui. Au clievet paternel empruntant un appui , D'une voix altérée elle lit la sentence ; « Voulant à la justice égaler la clémence, « Il nous plaît d'octroyer, de pleine autorité , « yl Davenant f pour prix de sa fidélité, « La grâce de Milton. Charles. >•

Qu'on se figure

MILTON ET DAVENANT. î,9

Les transports que causa la touchante aventure , Combien furent de pleurs dans Londres répandus Pour les talents sauvés et les bienfaits rendus î

CLARISSE

IMITATION d'un POàXE ECOSSAIS.

Londres, 1997.

u I , je me plais , Clarisse , à la saison

tardive , Image de cet âge où le temps m'a

conduit ;

Du vent à tes foyers j'aime la voix plaintive Durant la longue nuit.

Philomèle a cherché des climats plus propices j Progné fuit à son tour : sans en ôtre attristé ,

62 CLARISSE

Des beaux jours près de toi retrouvant les délices , Ton vieux cygne est resté.

V iens dans ces champs déserts où la bise murmure , Admirer le soleil qui s'éloigne de nous ^ Viens goûter de ces bois qui perdent leur parure Le charme triste et doux.

Des feuilles que le vent détache avec ses ailes , Voltige dans les airs le défaillant essaim : Ah ! puissé-je en mourant me reposer comme elles Un moment sur ton sein I

Pâle et dernière fleur qui survit à Pomone , La Veilleuse ' en ces prés peint mon sort et ma fol 3 De mes ans écoulés tu fais fleurir l'automne , Et je veille pour toi.

Ce ruisseau , sous tes pas , cache au sein de la terre Son cours silencieux et ses flots oubliés : Que ma vie inconnue , obscure et solitaire , Ainsi passe à tes pieds î

' Wom populaire du Colchique.

CLARISSE

Aux portes du couchant le ciel se décolore 5 Le jour n'éclaire plus notre aimable entretien : Mais est-il un sourire aux lèvres de l'Aurore Plus charmant que le tien?

L'astre des nuits s'avance en chassant les orages : Clarisse , sois pour moi l'astre calme et vainqueur Qui de mon front troublé dissipe les nuages , Et fait rôver m©n cœur.

L'ESCLAVE

Tunis, iSo^

= E vigilant derviche à la prière appelle 'Du haut des minarets teints des feux du couchant.

Voici l'heure au lion qui poursuit la gazelle . Une rose au jardin moi je m'en vais cherchant. Musulmane aux longs yeux , d'un maître que je brave Fille délicieuse , amante des concerts , Est-il un sort plus doux que d'être ton esclave , Toi que je sers , toi que je sers ?

IWâsiES. i

00 L'ESCLAVE

Jadis , lorsque mon bras faisoit voler la prame Sur le fluide azur de l'abîme calmé , Du sombre désespoir les pleurs mouilloicnt ma rame Un charm.e m'a guéri : j'aime et je suis aimé. Le noir rocher me plaît ; la tour que le flot lave Me sourit maintenant aux grèves de ces mers : Le flambeau du signal y luit pour ton esclave , Toi que je sers , toi que je sers !

Belle et divine es-tu , dans toute ta parure , Quand la nuit au harem je glisse un pied furtif ! Les tapis , l'aloës , les fleurs et l'onde pure , Sont par toi prodigués à ton jeune captif. Quel bonheur I au milieu du péril que j'aggrave , T'entourer de mes bras , te parer de mes fers , Mêler à tes colliers l'anneau de ton esclave , Toi que je sers , toi que je sers î

Dans les sables mouvants, de ton blanc dromadaire

Je reconnois de loin le pas sûr et léger -,

Tu m'apparois soudain : un astre solitaire

"Est moins doux sur la vague au pauvre passager j

L'ESCLAVE

Du matin parfumé le soufile est moins suave , Le palmier moins charmant au milieu des déserts. Quel sultan glorieux égale ton esclave , Toi que je sers , toi que je sers ?

Mon pays , que j'aimais jusqu'à l'idolâtrie , N'est plus dans les soupirs de ma simple chanson ; Je ne regrette plus ma mère et ma patrie ; Je crains qu'un prêtre saint n'apporte ma rançon. Ne m'affranchis jamais ! laisse-moi mon entrave ! Oui , sois ma liberté , mon Dieu , mon univers ! Viens, sous tes beaux pieds nus , viens fouler ton esclave , Toi que je sers , toi que je sers I

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