‹ Poésies diversesChapitre 26 sur 108 · LE CID · texte numérisé non relu

LE CID

Chimène a dit : Va combattre le MaurP ; De ce combat surtout reviens vainqueur.

Oui , je croirai que Rodrigue m'adore , S'il fait céder son amour à l'honneur.

— Donnez , donnez et mon casque et ma lance,' Je veux montrer que Rodrigue a du cœur : Dans les combats signalant sa vaillance , Son cri sera pour sa dame et l'honneur.

Maure vanté par ta galanterie ,

De tes accents mon noble chant vainqueur

D'Espagne un jour deviendra la folie ,

Car il peindra l'amour avec l'honneur.

Dans le vallon de notre Andalousie ,

Les vieux chrétiens conteront ma valeur :

Il préféra , diront-ils , à la vie ,

Son Dieu , son Roi , sa Chimène et l'honneitf .

Paris, iSio.

I E passé n'est rien dans la vie , Et le présent est moins cncor :

C'est à l'avenir qu'on se fie

Pour nous donner joie et trésor.

Tout mortel dans ses vœux devance

Cet avenir où nous courons ;

Le bonheur est en espérance, On vit , en disant : Nous verrons.

Mais cet avenir plein de charmes Qu'est-il lorsqu'il est arrivé ?

C'est le présent qui de nos larme.»

Matin et soir est abreuvé !

Aussitôt que s'ouvre la scène Qu'avec ardeur nous désirons , On bâille , on la regarde à peine; On voit, en disant : Nous verrons.

Ce vieillard penche vers la terre:

Il touche à ses derniers instants •- Y pense-t-il ? Non -, il espère Vivre encor soixante et dix ans.

Un docteur, fort d'expérience , Veut lui prouver que nous mourons Le vieillard rit de la sentence Et meurt en disant : Nous verrons.

Valère et Damis n'ont qu'une âme €/est 4e modèle des amis.

Valère en un malheur réclame

La bourse et les soins de Damis :

.< Je viens à vous , ami sincère ,

<< Ou ce soir au fond des prisons...

« — Quoi ! ce soir môme ? — Oui ! — Cher Valere ,

« Revenez demain : Nous verrons. »

Gare ! faites place aux carrosses Jù s'enfle l'orgueilleux manant Qui jadis conduisoit deux rosses A trente sous, pour le passant.

Le peuple écrasé par la roue Maudit l'enfant des Porcherons 5 Moi , du prince évitant la boue , ''e me raiît^e et dis : Nous verrons.

Nom verrons, est un mot magique Qui sert dans tous les cas fâcheux :

Nous verrons , dit le politique -, Nous verrons , dit le malheureux.

Les grands hommes de nos gazettes Les rois du jour, les fanfarons,

OÉSIEâ.

Les faux amis et les coquettes , l'out cela vous dit : Nous verrons.

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