LE CID
Chimène a dit : Va combattre le MaurP ; De ce combat surtout reviens vainqueur.
Oui , je croirai que Rodrigue m'adore , S'il fait céder son amour à l'honneur.
— Donnez , donnez et mon casque et ma lance,' Je veux montrer que Rodrigue a du cœur : Dans les combats signalant sa vaillance , Son cri sera pour sa dame et l'honneur.
Maure vanté par ta galanterie ,
De tes accents mon noble chant vainqueur
D'Espagne un jour deviendra la folie ,
Car il peindra l'amour avec l'honneur.
Dans le vallon de notre Andalousie ,
Les vieux chrétiens conteront ma valeur :
Il préféra , diront-ils , à la vie ,
Son Dieu , son Roi , sa Chimène et l'honneitf .
Paris, iSio.
I E passé n'est rien dans la vie , Et le présent est moins cncor :
C'est à l'avenir qu'on se fie
Pour nous donner joie et trésor.
Tout mortel dans ses vœux devance
Cet avenir où nous courons ;
Le bonheur est en espérance, On vit , en disant : Nous verrons.
Mais cet avenir plein de charmes Qu'est-il lorsqu'il est arrivé ?
C'est le présent qui de nos larme.»
Matin et soir est abreuvé !
Aussitôt que s'ouvre la scène Qu'avec ardeur nous désirons , On bâille , on la regarde à peine; On voit, en disant : Nous verrons.
Ce vieillard penche vers la terre:
Il touche à ses derniers instants •- Y pense-t-il ? Non -, il espère Vivre encor soixante et dix ans.
Un docteur, fort d'expérience , Veut lui prouver que nous mourons Le vieillard rit de la sentence Et meurt en disant : Nous verrons.
Valère et Damis n'ont qu'une âme €/est 4e modèle des amis.
Valère en un malheur réclame
La bourse et les soins de Damis :
.< Je viens à vous , ami sincère ,
<< Ou ce soir au fond des prisons...
« — Quoi ! ce soir môme ? — Oui ! — Cher Valere ,
« Revenez demain : Nous verrons. »
Gare ! faites place aux carrosses Jù s'enfle l'orgueilleux manant Qui jadis conduisoit deux rosses A trente sous, pour le passant.
Le peuple écrasé par la roue Maudit l'enfant des Porcherons 5 Moi , du prince évitant la boue , ''e me raiît^e et dis : Nous verrons.
Nom verrons, est un mot magique Qui sert dans tous les cas fâcheux :
Nous verrons , dit le politique -, Nous verrons , dit le malheureux.
Les grands hommes de nos gazettes Les rois du jour, les fanfarons,
OÉSIEâ.
Les faux amis et les coquettes , l'out cela vous dit : Nous verrons.