ACTE III, SCENE II. 2S
Dont le vent de la nuit m'apportoit la souillure Jusqu'au chaste tombeau du pudique Joseph.
NADAB
i )es Hébreux triomphants le magnanime chef Craindroit-il une femme esclave de nos armes , Qui mange un pain amer détrempé de ses larmes Sur le compte des grands je ne suis pas suspect : Leurs malheurs seulement attirent mon respect. Je hais le Pharaon que l'éclat environne -, Mais s'il tombe , à l'instant j'honore sa couronne -, Il devient à mes yeux roi par l'adversité. Des pleurs je reconnois l'auguste autorité. Courtisan du malheur , flatteur de l'infortune , Telle est de mon esprit la pente peu commune: Je m'attache au mortel que mon bras a perdu , Et je voudrois sauver la race d'Ésaû.
MOÏSE
Vous , sauver d'Astarthé la nation flétrie ! Regarder sans horreur l'infâme idolâtrie , Quand j'apporte aux Hébreux les lois de Jéhovah t Sur ce marbre sacré lui-môme les grava , Lisez : l'astre des nuits vous prête sa lumière. -
NADAB , lisant.
N'adore qu'un seul Dieu.
282 MOiSE.
MOÏSE
Telle est la loi première.
Et vous seul , immolant l'avenir d'Israël , De cet unique Dieu r.enversez-vous l'autel ? Jacob , tralîirois-tu tes hautes destinées ? Ne veux-tu point , courbé sous le poids des années , T'avancer sur la terre , antique voyageur , Pour apprendre aux humains le grand nom du Seigneur ? Tu portes dans tes mains ce livre salutaire Où je traçai de Dieu le sacré caractère : Contrat original, titre où l'homme enchanté Retrouvera ses droits à l'immortalité.
L'infidèle Jacob perdroit son rang suprême ! Mais entrons dans ce camp 5 voyons tout par nous-mêrae.
NADAB
Arrêtez I
MOÏSE
Et pourquoi?
NADAB
Pour soustraire au danger Des jours qu'au prix des miens je voudrois protéger.
MOÏSE
Vous!
NADAB
Je dois Ta vouer....