ACTE III, SCENE II. 07O
Si j'étois le jouet de quelque illusion I C.onnoissons notre sort.
( Il va pour rentier au camp : en passant devant le bocage d« palmiers , il aperçoit Moïse. )
O sainte vision !
N'est-ce pas de Joseph l'ombre majestueuse? Yiens-tu me consoler? Que ta voix vertueuse Des chagrins de mon cœur adoucisse le fiel. Et donne-moi la paix que tu goûtes au ciel.
MOÏSE j sans quitter le tombeau.
Le ciel des passions n'entend point la prière.
NÀDAB.
Moïse î
moïse f descendant du tombeau.
C'est lui-même.
NADAB
En touchant la poussière , Prophète du Seigneur , je m'incline à vos pieds , Et baisse devant vous mes yeux humiliés.
MOÏSE
De quelque noir chagrin votre âme est agitée.
NADAB
Le camp , qui déploroit votre mort racontée , Vouloit mettre en mes mains un dangereux pouvoir.
'J80 MOrSE.
MOÏSE
Eh bien î qu'avez- vous fait?
NADÂB.
J'espérois vous revoir.
MOÏSE
Et n'avez-vous, Nadab, rien de plus à m'apprendre?
NADAB
Sans doute ici bientôt les vieillards se vont rendre,
( On entend la musique du camp. ) MOÏSE.
Vous me dites , Nadab , que les tribus en deuil
Gémissent sur le sort de Moïse au cercueil \
Et j'entends les concerts , horribles ou frivoles ,
Dont les fils de Baal fatiguent leurs idoles.
Qui produit ces clameurs ? qui peut y prendre part ?
NADAB
Nos captives souvent , assises à l'écant , Aiment à répéter les hymnes de leurs pères.
MOÏSE
Des captives ici? des* femmes étrangères? Arzane n'a donc pas «satisfait au Seigneur? Elle vit ; et peut-être , écoutant votre ardeur, Elle reçoit ces vœux sortis d'une âme impure ,