ACTE m, SCENE IV
ARZANE
V oulez-vous d'un esprit aussi ferme qu'habile lYun pouvoir souverain créer les éléments? De la foi d'Israël changez les fondements. Si le peuple , poussé vers des dieux qu'il appelle , Est plus que vous encore à Moïse rebelle , Les Juifs , craignant ce chef implacable et jaloux , Pour se sauver de lui se donneront à vous. Tout indique à vos yeux la route qu'il faut suiwe : Onze de vos tribus aujourd'hui veulent vivr^ Sous le dieu d'Amalec : secondez leurs efforts. Dans cette Arche nouvelle enfermez des ressorts; A des miracles feints 'opposez des miracles ; Comme Moïse , ayez des prêtres , des oracles , Et bientôt le soleil vous verra dans ces lieux Le pontife et le roi d'un peuple glorieux.
NADAB
îfadab , lâche apostat ! Arzane en vain l'espère ! Vous-même chérissez les dieux de votre père : Si je vous proposois aussi de les quitter?
ARZANE
Quand auprès d'Astarthé je voudrois m'acquitler Des tendres et doux vœux que son culte réclame , |j La foiblesse me sied : et que suis-je ? une femme
CS8 moïse.
Mais un homme au-dessus des vulgaires mortels l^rend conseil de sa gloire et choisit ses autels. \ otre Dieu vous menace et sa loi vous condamne : Vous ne pouvez régner que par le dieu d'Arzane. Régnez sur elle -, allez au premier feu du jour Chercher votre couronne au temple de l'Amour , Et tandis qu'Amalec frappera la victime , Vous offrirez des fleurs : ce n'est pas un grand crime.
NADAB
O magique serpent ! décevante beauté , Par quels secrets tiens-tu tout mon cœur enchanté ? Es-tu fille d'Enfer ou des Esprits célestes ? Réponds-moi I
ARZANE
Du malheur je suis les tristes restes.
Suppliante à vos pieds , sans trône et sans époux , Je n'ai d'autre soutien ni d'autre espoir que vous.
NADAB
C'en est fait : il le faut ! A toi je m'abandonne ! Qu'importe le poison quand ta main me le donne ? Mais en goûtant au fruit , présent de ton hymen , Du moins entre avec moi sous les berceaux d'Eden , Eve, trop séduisante , au jardin d?" délices Que nos félicités précèdent nos supplices I