‹ Poésies diverses, ou, Recueil de différentes pièces de cet auteurChapitre 1 sur 61 · L'ANTI-MONDAIN · texte numérisé non relu

L'ANTI-MONDAIN

%J jours heureux, qui purs & fans nuage Avez du monde éclairé le berceau , Dont vainement un odieux pinceau Veut à nos yeux défigurer l'image !

Jours fortunés ! quoi qu'en publie encor Un maître fou dans fa verve indifcrette 5 Age à bon droit appelle fiecle d'or !

O bon vieux tems ! c'eft moi qui vous regretter Mais, ô regrets en effet fuperflus !

À notre dam , hélas ! vous n'êtes plus. Tranquille au fein d'une heureufe abondance ? Exempt de peine , affranchi de tous foins ,

( * ) Cette pièce efl la contrepartie du Mondain de M. de Voltaire , imprimé dans toutes les éditions de fes (Euvresè

'H Poésies

L'homme vivoit : la fage Providence ?

Pour fon bonheur, lui cachoit Tes befoin3*

II étoit libre, & la feule nature

Di£toit Tes loix & régloit Tes devoirs,

La trahifon , le meurtre , Fimpofture ,

Les. attentats , les forfaits les plus noirs ?

Sous des climats où régnoit la droiture %

De fon cœur fïinpîe ignorés & bannis ?

N'avoient alors befoin d'être punis»

Nul préjugé n'afTerviffoit fon ame :

Heureux de vivre ainfi qu'il étoit né9

Ni bien, ni mal , gloire, honte ni blâme

N'étoient connus de fon efprit borné*

O douce erreur , favorable ignorance ?

Fille du ciel , mère de l'alTurance !

Point de remords qui gênât fes defïrs*

Né pour jouir, fait pour le bien fuprême-

Il fe trouvoit dans un autre lui-même :

Rien ne troubîoit leurs innocens plaifîrs.

Et quels plaifîrs ? à leur douceur extrême ?

Le monde entier doit fes accroiffemens :

Tendres ébats , divins embrailumens ,

Fréquens fur- tout plus qu'au (iecle où nousfommery

Et c'eft rai fon j car le deftin des hommes

En dépendoit dans ces commencemens.

Piailïrs exempts de tous ces vains phantômes9

Dont un bizarre & chimérique honneur

Séduit les cœurs fufceptibles d'alarmes y

ÏJ I V E à S E s*

Ce fier tyran d'un fiecle plein de charmes

Ne mettoit point d'obltacle à leur bonheur.

Mais à fa place , une aimable innocence,

Un cœur naïf, de candeur revêtu,

Neuf encor , même après la jouifîance <>

Tenoit alors lieu de toute vertu.

De nos aïeux, fous le règne d'Aflrée ,

Telle étoit donc la race fortunée.

De fîecle en fiecle St vigoureux & fains,'

Mets raffinés, laïs, ni médecins,

Coupable engeance en ces tems ignorée ,

De leurs beaux ans n'abrégeoient la duréeJ

Or maintenant , notre ami du bel air

Qui vous moquez impunément du monde,'

Vantez-nous bien votre îiecle de fer;

Vantez fur- tout votre cœur très-immondeV

Ofez fronder I'illuftre Fénelon ;

Déprlfez-nous les accords de fa lyre,

Ce beau roman , le (èul utile à lire 5

Vous toutefois dont le rare Apollon

Et les écrits ne vont pas au talon ;

De ce prélat, vous dont le chaud délire

Où vous puifez vos cyniques accens ,

Vous fait choquer trop fouvent I^bon-fêns ;'

Vous , dis-je encor, qui placez dans un temple ^

D'un bout à l'autre ouvrage original ,

Fille de joie auprès d'un cardinal ;

Vous , dis-je enfin , qui , pour dernier exemple ,

4 Poésies

Venez de faire affemblage nouveau , Et , comme on dit , une galimafrée D'Eve , d'Adam , de Saturne & de Rhée, Aflbrtiment digne d'un tel cerveau :

Plaçant le bien de la nature humaine Dans un bouchon qui frappe au foliveau , Ou bien à voir une tête de veau Qui dans un char mollement Ce promené.

Or maintenant ce féjour enchanté , Ce paradis terreftre fi vanté , Cher calotin de la première clafTe 5 De bonne- foi, convenez entre nous, Que, pour favoir où peut être fa place, On auroit tort de s'adrefTer à vous..

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