‹ Poésies diverses, ou, Recueil de différentes pièces de cet auteurChapitre 12 sur 61 · LE DEBAUCHE CONVERTI · texte numérisé non relu

LE DEBAUCHE CONVERTI

Jluissant médiateur entre nous & la femme ^ Qui du plaiiir fecret nous ourdiflez la trame , Des feux àe Prométhée ardent difpenfateur ? Et de la gent humaine éternel créateur ; Portaflîez-vous encore un plus fuperbe titre Du bonheur de mes jours vous n'êtes plus l'arbitre s Ce plaifir violent , dont je fus enchanté, D'un tourment de fix mois eft trop cher acheté. Qu'un autre que moi courre après ce vain phantôme J'en connois le néant, grâce à monfieurfaint Corne ! Et fes facrés réchaux font l'utile creufet Où l'or faux du plaifir m'a paru tel qu'il eft.

J'ai ruminé ces maux que fur Ton lit endure %Ja pauvre putacier tout frotté de mercure ; Des conduits faliviers , quand les pores ouverts Du virus repouffé filtrent les g'obes verts ; •Quand fa langue nageant dans des flots de falive, Semble un canal impur qui coule une leftive. Ah ! que fur fon grabat fe voyant enchaîné, Un ribaud voudroit bien n'avoir pas dégainé , Qu'il déferle l'inilant où fa pompe afpirante Tira le fuc mortel de fa cruelle amante. L'œil cave, le front ceint du fatal chapelet, Le teint pâle Se plombé, le vifage défait , Les membres décharnés , une joue alongée , Sa planette atteignant fon plus bas périgée \ Alors avec David il prononce ces mots : La vérole, mon Dieu, m'a criblé jufqu'aux os. Car par malum , David entend l'humeur impure Qu'il prit d'Abigaïl , comme je conjecture, D'autant que cette femme, époufe de Nabai , De fon mari pouvoit avoir gagné ce mal. Ce Nabal , en effet , efl peint au faint volume Tel qu'un compagnon propre au poil comme à la

plume 5 Et qui , quand il trouvoit fille de bonne humeur De fes bubons enflés méprifant la tumeur, Lui faifoit fur le dos faire la caraco'e^, Eût-il été certain de gagner la vérole. ÂufE je fuis furprïs que David, ce grand clerc,

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Au fait d'Abigaïl, ait pu voir fi peu clair :

Certes befoin n'étoit d'être fi grand prophète

Ni d'avoir fur fon nez la divine lunette ,

Pour voir que de Nabal tout le fang corrompu,

Ayant poivré le flanc qui s'en étoît repu ,

C'étoit néceiîîté que fon hardi priape

Eût la dent agacée en mordant à la grappe ;

Mais , quoi ! vit-on jamais raifonner un paillard ?

Il prit, les yeux fermés, ce petit mal gaillard,

Dont quelque tems après fa flamberge en furie

Enticha le vagin de la femme d'Urie.

De mes ébats aufîi j'ai tiré l'ufufruit ;

Mais grâce au vif argent mon virus eft détruit 5

Mon fang purifié coule libre en mes veines ,

Et deux globes malins ne gonflent plus mes aînés ;

Du trône du plaifir les parois refferrés ,

Ne laiiîent plus couler mille fucs égarés 5

Et ce moine velu que le prépuce en froque,

De trois rubis rongeurs voit dérougir fa toque.

Trifle & funefte coup ! pouvois-je le prévoir ,

Qu'une fille fi jeune eût pu me décevoir ?

Deux luflres 5c demi , qu'un an à peine augmente,

Voyoient bondir les monts de fa gorge naiflante 5

Un cuir blanc 8t poli , mais élaftique & dur ,

Tapiffoit le contour de Ton jeune fémur }

A peine ua noir duvet de fa moufle légère ,

Couvroit l'antre facré que tout mortel révère 5

Les couleurs de l'aurore éclairoient fur fon teint,

Elle auroit fait hennir le vieux moufti latin 5 Un front , dont la douceur à la fierté s'allie , La firent à mes yeux plus vierge qu'Eulalie : Auflï combien d'alfa uts fallut-il foutenir , Avant que d'en pouvoir à mon honneur venir ? A mon honneur ! je faux, difons mieux, à ma honte: Après deux mois d'égards, de (bupirs, je la monte. Dieu ! quelle volupté , quand fur elle étendu Je preffurois le jus de ce fruit défendu ! Sa gaine aflez profonde , en revanche peu large, Entr'elle & mon acier ne laifîbit point de marge 5 Le pillon à la main , trois fois mon jeart chouard Dans Ces canaux ouverts feringa fon ne&ar , Et trois fois la puceile avec reconnoiffance Voitura dans mon fang fa vérolique efience. Mais , quoi ! ma paflion s'enflamme à ce récit ; De mes tendons moteurs le tiflu s'étrécit \ Mes efprits dans mes nerfs précipitent leur courfè Et de la volupté courent ouvrir la fource. Qaoi donc ! îrois-je en proie à de vils inteftins De mes os ébranlés empirer les dellins ? ïrois-je fur ces mers fameufes en nauffrage, Nautonnier imprudent affronter les orages? Moi qui, comme Jonas qu'un ferpent engloutit, Ai fervi de parure à l'avide Petit.

Non, de la chafleté j'atteins enfin la cime , Là je rirai de voir cette pâle victime , Que la fourbe Vénus place fur fes autels ,

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Traîner les os rongés de fes poifons mortels. Que le ciel, fi jamais je vogue fur ce gouffre, FalTe pleuvoir fur moi le bitume Se le foufre j Que l'infamant rafoir qui tondit Abailard, Me faiTe de Peunuque arborer l'étendart , Si jamais enivré, fût-ce d'une pucelle , Mon frocard étourdi faute dans fa nacelle. Tout vifage de femme à bon droit m'eft fufpeft; Quiconque a falivé , doit fuir à fon afpect. Oui ! m'offrît-on le choix des onze mille vierges , Jamais leurs feux facrés n'allumeroient mes cierges : Le jaloux Ottoman m'ouvrît-il fon ferrail , Quand j'y verrois à nu l'albâtre & le corail Briller fur ces beaux corps qu'embellit la nature, Mon priape feroit un priape en peinture. Je dis plus : quand le ciel exprès de mon côté Tireroit la plus rare 5c plus faine beauté , Dieu fait fi la chaleur de cette nouvelle Eve Dans mon mufcle alongé feroit monter la fevea Beau fexe , c'en eft fait , vos ébats fédu&eurs Ne me porteront plus vos efprits deftru&eurs 5 Je fuirai déformais votre eipece gentille , Ainfî qu'au bord du Nil on fuit le crocodile 5 11 eft tems de penfer à faire mon falut; L'ame fe porte mal quand le corps eft en rut. Lorfque l'affreufe mort au fec 6c froid fquelette , M'aura devant le juge aiîis fur la felette , Cent mille coups de cul ne me fauveront pas

Du foudroyant arrêt de l'éternel trépas : C'eft vous qui le premier avez fait tomber l'homme, Par l'attrait fédu&eur de la fatale pomme j Mais vos culs dans l'abyme en ont plus defcendus Que ne feroient jamais tous les fruits défendus. C'eft avec vos filets que fatan nous attrape , C'eft vous qui nous pouflez fur l'infernale trape; Vous féduiriez , morbleu , je crois , tous les élus. Adieu , beau fexe , adieu , vous ne me tenez plus.

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