LA MULE DU PAPE
I^rere très-cher , on lit dans faint Mathieu 5
Qu'un jour le diable emporta le bon Dieu
Sur la montagne, & là lui dit : beau lire,
Vois-tu ces mers, vois-tu ce vafte empire ,
Ce nouveau monde inconnu jufqu'ici ,
Rome la grande & fa magnificence ?
Je te ferai maître de tout ceci ,
Si tu veux me faire la révérence.
Notre feigneur, ayant un peu rêvé,
Dit au démon , que quoiqu'en apparence ,
Avantageux le marché fût trouvé ,
Il ne pouvoit le faire en confcience ,
Ayant toujours oui dire en fon enfance ,
Qu'étant ii riche on fait mal fon falut.
Un tems après notre ami Belzébus
5* Poésies
Alla dans Rome ; or c'étoit l'heureux âge Où Rome étoit fourmilliere d'élus :
Le pape étoit un pauvre perfonnage , Pafteur de gens , évêque , & rien de plus. L'efprit malin s'en va droit au faint père , Dans Ton taudis l'aborde , 6c lui dit, frère , Si tu voulois tâter de la grandeur $ Si j'en voulois, oui par dieu , monfèigneur 5 Marché fut fait, & voilà mon pontife Aux pieds du diable , & lui baifant la griffe : Le farfadet, d'un ton de fénateur , Lui met au chef une triple couronne 5 Prenez , dit-il , ce que fatan vous donne * Servez-le bien , vous aurez fa faveur.
O ! vous papes , voilà l'unique fource De tous vos biens , comme favez , ÔC pour ce* Que le faint père avoit en fon tracas Baifé l'ergot de monlïeur fatanas :
Ce fut depuis chofe à Rome ordinaire, Que l'on baifa la mule du faint père m7 Que s'il advient jamais que ces vers-cî Tombent es mains de quelque galant homme 5 C'eft bien raifon qu'il ait quelque fouci De ks cacher, s'il fait voyage à Rome,.