‹ Poésies diverses, ou, Recueil de différentes pièces de cet auteurChapitre 21 sur 61 · LA RAGE D'A M OU R · texte numérisé non relu

LA RAGE D'A M OU R

Conte.

J\, Cupidon la belle & jeune Aminte, Malgré l'hymen , facrifioit toujours.

Son pauvre époux étoit en crainte , Qu'elle ne fit de nouvelles amours.

Il ne pouvoit en fermer la paupière , Peiïoit, veiiloit tant qu'il en expira.

Lui mort, Amime , ayant libre carrière ? Se divertit en fille d'opéra ,

Qui n'eft pas encor douairière.

Grand bruit en fut. Son curé crut devoir L'en avertir. Vous vous perdez, madame, Changez de vie , ou c'eft fait de votre ame. Hélas ! monfieur, je voudrois le pouvoir, Lui repartit notre fringante veuve :

Qu'avancez-vous , mon pafteur , en grondant ! Ah ! plaignez-moi : tel eft mon afeendant, De deux jours l'un me faut pratique neuve 5 Cela me vient d'un accident fatal 5 Ma modeftie a caufé tout mon mal.

A quatorze ans d'un chien je fus mordue 3 L'avis commun fut qu'on me devoit nue Plonger en mer : nue on me dépouilla.

Honteufe alors de me voir fans chemife f

9* Poésie &\

Incontinent je portai la main là. Où vous favez, Tans jamais lâcher prife. On me replonge : or, qu'eft-il arrivé ? Mon corps alors, ô pudeur trop funefte ï Par- tout ailleurs du mal fut préfervé , Hors cet endroit, où la rage me refle.

JMu

EPIGRAMME

/ N jour Salus oyant la mefTe ,

Entendit une voix d'en-haut , .

Qui ch^ntoit avec allégreffe ,

Vit-à Salus , d'un ton fort haut,

La belle furprife de joie , / Quoi, dit- elle, le ciel m'envoie,

Connoiifant ma néceflué ,

Un vit que j'ai tant fouhaité !

Ah , Seigneur, la faveur efl grande !

Je promets volontiers à ce bienheureux vit, Puisqu'il, me vient de toi, mon con chaud pour offrande.

Mais ayant pafTé tout le foir

Vainement dans un fol efpoir , Un noir chagrin échauffant lors fa bile , Elle reprit ainfi, d'un ton plein de. dépit : Quoi, tu trompes, Seigneur, 8c je n'ai pointdevïtl Ah \ tout ce que tu dis n'es pas mot d'évangile.

Madame la maréchale de la Motte , à Voccafion dune voix quelle entendit du' haut d'une eglifey où elle étoit avec madame la marquife de Salus , danna le couplet fui van t :

Non , je ne ferai plus dévote. . . • Je ne dirai plus d'oremus , Si l'on ne dit vit-à-la-Motte , Comme Ton dit vit-à-Salus.

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