L 'HOSPITALIERE
Conte,
Sœur Luce , jeune hofpitaliere , Pour un jeune convalefcent , Sentoit tout ce qu'un cœur reflent , Dans l'accès d'une ardeur première.
Je laîiFe à penfer la manière Dont fut fervi i'adolefcent^ Mille foins font fur fon vifage9 Renaître les plus belles fleurs , Et le brûlent de mille ardeurs 9 Pour la belle qui le foulage.
Un moment donc qu'il fe livroit Au doux efpoir d'être aimé d'elle , A l'inftant accourut la belle.
II en fentit croître fon feu»
La nature à l'amour ridelle 9 Dans le moment joua fon jeu 9 Et pendant que l'amour rappelle La formule d'un tendre aveu.
Mon cher enfant, s'écria-t-elîe9 GuérifTez ma crainte mortelle.
Parlez, de quoi fbupirez-vous ?
Là, fa voix craintive s'arrête, Et toute tremblante elle apprête
Sa main pour lui tarer le poux.
Mais que l'amour a de malice !
Qu'il fait bien conduire un deftein i Le convalefcent prend la main De la fecourable novice ?
Et la conduifant doucement Où la famé fe manifeile , Par un fubit attouchement, Fait voir qu'il en avoit de refte.
La belle fe déconcerta , Rougit de honte & de furprife ?
Et voulut même quitter prife \ Maïs en vain elle le tenta , Son heureux amant l'emporta , Er pour marquer que fon audace À fe$ yeux devoit trouver grâce , Voici ce qu'amour lui diëta:
Chaffez la frayeur ridicule Que vous infpire un vain fcrupuîc, Relie Luce, & ne penfez pas Faire déformais un ufage Qui déshonore vos appas.
Ces marques de convaîefcence, Je les dois à votre préfence } Mais vous devez à mon amour :
J'acquitte ma reconnoiffance , Acquittez- vous à votre tour, Nature prépare une ctifk
Qui couronne votre entreprife j Vous feule pouvez me guérir, Voulez-vous me faire mourir ?
Sœur Luce d'un fi doux langage Sentoit la prenante douceur , Et l'amour dans fon jeune cœur .
En difoit encor davantage 5 Son amant tout près d'être heureux, A l'aide de mille étincelles , Filles d'un defir amoureux , Vit dans fes humides prunelles , Qu'elle brûîoit des mêmes feux.
D'un bras qu'amour guide, il l'enlevé; L'amour lui même la fouleve , Et tire le rideau fur eux.
^***-^fi^fe = « „„»:
LE PSEAUTIER.
Conte.
$L$v pieux roi David que les pfeaumes font beaux ! Ma fille , en vous couchant faites-en la leâure ,
Eclairez-vous de ces flambeaux ,
Votre ame fera toujours pure.
Je vous prête mon grand pfeautier 5
Plût à Dieu, ma chère Ifabelle,
Que vous le fufïîez tout entier 5
Oui, maman. Voici donc la belle , Qui prend le faint livre , & le met , Sans trop grand defir de le lire , Très-promptement fous fon chevet»
Or elle attendoit un beau fire.
Il vint, &. les tendres ébats Agitant draps Se couverture, Le psautier defcendu plus bas Se trouve au fort de l'aventure.
Bien plus , car du prudent ami ?
La relieure toute neuve , D'un plaifir qui n'eft qu'à demi, Reçut une abondante épreuve.
Le matin , la mère arriva , Et ne vit pas l'amant fans doute 5 Mais fon cher volume trouva Tout maculé , tout en déroute.
A l'œil , au ta£t. , à l'odorat , Elle frémit, elle foupçonne.
Mon pfeautier eft en bel état !
Parlez- moi, petite fripponne.
Je ne fais pas d'où vient cela.
En faute afTurément je ne fuis point tombée % Sinon que j'ai rêvé que David étoit là Qui me prenoit pour Bethzabée,
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