‹ Poésies diverses, ou, Recueil de différentes pièces de cet auteurChapitre 4 sur 61 · TOUT EST BIEN COMME IL EST · texte numérisé non relu

TOUT EST BIEN COMME IL EST

Conte en romance.

à\v gré du fexe charmant 9 Amour cherchoit un remède Au fombre ennui qui poflede L'amante près de l'amant.

Dans ce deflein , on afîure Qu'un jour il prit le chemin De la forge où la nature Fabrique le genre humain.

La carte de Cupîdon Met cette forge divine Sous une aimable colline Où croît le plus fin coton.

Deux jolis piliers d'ivoire 9 De l'ébene &C du corail, Du facré laboratoire Forment le petit portail.

Les ris ÔC les jeux badins ?

Par qui la flamme s'allume ?

Volent auprès de l'enclume Que bat le dieu des jardins :

M Poésies

Du cyciope infatigable Le marteau va jour 8c. nuit 9 Et par un fort admirable, Frappe fans faire de bruit.

Quand à grand coup redoublé Le fer efl battu de refle , Et que la fonte célefte Dedans le moule a coulé , La nature prompte & fage , Qui de la part du deftin Préfide fur tout l'ouvrage, Y met la dernière main.

Le fils de Vénus entra Jufqu'au fond du fan&uaire , Où le mortel téméraire De fes jours ne pénétra.

Les forgerons de cythere Reçurent leur fouverain, Comme l'on reçoit fa mère Dans les forges de Vulcain.

Bonjour, bel enfant, bonjour !

Dans ces lieux dont je difpofe , Puis- je pour vous quelque chofe* Dit la nature à l'amour ?

Le dieu répond : je defïre 5

DIVERSES* £j

Sans différer un infiant , Aux belles de mon empire Rendre un fervice important.

Que l'homme puiffe à Ton gré Se deffaifîr en main fûre Du morceau de fa figure Que vous m'avez confacré.

Faites fi bien votre compte, Que tournant fur une vis , Cet entroit-là fe démonte 7 Et fe mette à remotis.

Nature ayant fa leçon , Cupidon prit congé d'elle, Et fur le nouveau modèle L'homme eft bâti de façon , Que le plus folide immeuble Des amans & des époux, N'eft plus déformais qu'un meuble Le plus mobile de tous.

Mais tel étoit Part divin ?

Qae fi l'affaire alongée N'étoit à fon apogée , On tournoit la vis en vain ï L'envoi ne fe pouvoir faire , Que l'amour de fon cachet ?

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Et du grand fceau de cythere , N'eût bien fcellé le paquet.

L'homme étant ainfi formé, Le beau fexe en patience , Du nôtre foutint l'abfence Et n'en fut plus alarmé 5 De ce qui rend infidèle L'abfent n'étoit plus porteur y Et toujours avec la belle Marchoit le confolateur.

L'époux fortant de chez foi LaifToit à fa chère époufè , Nouvelle encore & jaloufe , Cet otage de fa foi :

Le pafle - tems des fillettes , Grâce aux vigoureux hochets <, Quand elles reftoient feulettes N'en fouffiroit aucun déchet.

Chacune de s'en munir , Bafques de courir fans cefTe 5 Beaux paquets à leur adreife , D'aller & de revenir.

Il n'éft grêie ou vent qui puifîs Retarder un tel envoi , Et la tou^riere & le Suifîe N'eurent jamais tant d'emploi^

Vous noterez qu'à ce jeu , Outre que celui qu'on tronque , Ne trouve plaifir quelconque, Il rifque encor Ton enjeu.

Un dépôt de cette efpece Ne fe faifoit pas fans peur; Mais efl-il rien qu'on ne laifte Par-tout où relie le cœur?

Aufïï plus d'un accident, Et plus d'un tour de fripponne Fit d'une action fi bonne Repentir l'homme imprudent.

Tous les jours la négligence, •■ Ou l'appétit déréglé , Coûtoit cher à l'indulgence De quelque abfent mutilé.

Le beau rameau d'olivier, Qui fait la paix du ménage , Eft par un mari volage Prêté pour le jour entier :

Le foir hymen le réclame ; La nuit, s'il ne revient pas, Du mari près de fa femme Imaginez l'embarras.

Par mégarde une autre fois ,

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