‹ Poésies diverses, ou, Recueil de différentes pièces de cet auteurChapitre 5 sur 61 · Poésies · texte numérisé non relu

Poésies

Une Agnès , au lieu du vôtre } Vous en renvoyoit un autre Où vous perdiez deux fur trois; Et bienheureux ceux qui purent En fauver encore un tiers ; Mille honnêtes gens en furent Pour les gages tout entiers.

A l'affût de ce butin , Une mère de famille , Dans les joujoux de fa fille Furetoit foir ôt matin.

La prude , mal affiliée Dans fes befoins importuns , De la belle accréditée Efcamottoit les emprunts.

Le vieux jaloux défoié , Ne fermant plus la prunelle • Quelquefois dans la ruelle Trouvoit le drôle ifolé.

Alors , ne vous en déplane , L'impitoyable vieillard , Sans fcandale 6c tout à Taifè, Vous faifoit un abaillard.

A fon galant morfondu La dame avec un fourire ^

En étoit quitte pour dire :

Mon ami , je l'ai perdu.

Auffî-tôt affiche énorme :

Tout par fon nom s'y nommoit 3 Même on y gravoit la forme Du bijoux qu'on réclamoit.

Que dirons-nous du chagrin Et de la rumeur arTreufe, Qui d'une grande emprunteuse Caufa le trépas foudain?

Les commiftaires poferent Le fceîlé fur fes effets-, Et fous le fcellé relièrent Trente ou quarante paquets.

Meflîeurs les intéreiTés; Privés de tout exercice , Des longueurs de la juftice Furent fort embarraffés 9 Sur- tout ceux que la décence ?

Et l'honneur de leur état, Réduifoit à l'impuiffance De faire le moindre éclat.

Le cavalier effronté

Se plaint tout haut qu'on le vexe 5

En fait juge le beau fexe

£0 Poésies

Qui crie à l'iniquité.

La procédure s'achève , Nouvelle opposition 5 Enfin le fcellé fe levé, On fait exhibition.

Perfonne, à la vérité ,

N'y fauroit trouver à mordre £

La défunte avoit de l'ordre,

Tout eft bien étiqueté.

Gens de cour & gens d'affaires 5

Gens de robe & gens de bien ,

Abbés 6c révérends pères ,

Chacun retrouva le fïen.

Auflî n'eft-ce rien au prix De ce qu'une Meffaline Entreprit à la ruine De l'empire de cypris.

Chez elle étoîent en fourrière Bidets rares & communs 5 Elle étoit la tréforiere De la caifle des emprunts*

Un beau matin haut le pied, A fon comptoir elle manque 5 Madame emporte la banque Et fait rafle fans pitié.

DIVERSES* JC

Amour & galanterie

N'eurent bientôt qu'à décheoir.

C'étoit une loterie :

Cent billets blancs pour un noir,

Cupidon fentit l'abus :

Pour en prévenir la fuite.

Ce dieu revolant bien vite A la forge de Vénus , S'en remit à la nature De leur commun intérêt. De là nous devons conclure , Que tout eit bien comme il eil.

LE REQUIN, Conte.

jMluse , de grâce , au fait 8t point d'exorde.' Des écumeurs, gens fans miféricorde, Firent defcente à je ne fais quel port , Et tout de fuite y defcendit la mort, L'affreux dégât, le viol équivoque, Qu'Agnès redoute St dont Barbe Ce moque 5 L'ardente foif du fang & du butin, Tant d'autres maux, le facrilege enfin, Péché mignon des âmes fcélérates.

Ce dernier-ci conduisît les pirates

Dans un couvent de pères cordeliers.

Châfles , encenfoirs , croix , foleils , chandeliers ,

Vafes facrés , tout fut de bonne prife 5

Burettes , brocs , le cellier & l'églife ,

Tout fut pillé. Notez que les vauriens

N'étoient pourtant juifs ni turcs, mais chrétiens.

En qui peut-être eût agi le fcrupule ,

S'ils n'avoient pas, dans plus d'une cellule,

Trouvé de quoi fe dire : eh ! ventrebleu ,

N'en ayons point, puifqu'il en eft fi peu.

Quoi trouvé donc? quoi ? gentilles commères,

Que fur la nef on mené avec les pères ,

Pour y pafler le tems dorénavant,

Eux à ramer, elles comme au couvent.

Père Grichard , bilieufe pécore ,

Prêche & fulmine en pieux matamore 5

Père Grichard eft traité d'étourneau ,

Et pour réponfe on vous le jette à l'eau.

D'autres encor de prêcher ont la rage ,

Ils prêchoient donc, mais fur un ton plus fage,

Quand le plus fier de tous les ouragans,

Mieux qu'un fermon convertit nos brigands.

Les voilà tous devenus des panurges,

Se fiant moins à Dieu qu'aux thaumaturges,

Et promettant chandelle à tous les faints

Du paradis &. lieux circonvoifins.

Tout l'équipage aux pieds de la chiourme ;

On

On cric , on pleure , on fanglotte , on fe gourme :

Mea culpa , mon père , mon mignon ,

Ce n'eft pas moi , c'étoit mon compagnon.

Moine de dire , en faifant grife mine ,

Punition ôc vengeance divine !

Le bon larron , contrit comme à la croix ,

De fe vouer à monfieur faint François ,

S'il en échappe. A l'inftant le tems change 5

Vous euffiez dit que fur l'aile d'un ange ,

Le féraphique avoit dit : quos ego.

Le ciel reprend l'azur 8c l'indigo ,

L'eau reverdit, ÔC fa claire furface

S'applanifiant , redevient une glace 5

Tout rentre enfin dans fon premier état.

Tout, j'y comprends le cœur du fcélérat»

Il rit du vœu formé pendant l'orage j

Le capitaine abfout tout l'équipage ,

RéunifTant les deux pouvoirs en foi ,

Et fur fon bord étant pontife ôc roi,

Buvons , rions , chantons , dit le corfaire 5

Frappe , Commite , ÔC vogue la galère.

Les penailions difoient : vous avez tort ;

On fait la figue au faint plus près du port 5

De Pharaon tel étoit le vertige,

Moyfe auiïi coup fur coup le fuftige.

Le chef repart : qu'on ait tort ou raifon;

Ramez, faquins : belle comparaifon

De fouet à fouet, la verge de Moyfe

Et le cordon de faint François d'Aflîfe ï

Trois jours avoient coulé fans accidens 5

Le quatrième, ainfi qu'entre leurs dents

Les gris vêtus prioient leur patriarche

De fe venger en purifiant l'arche ,

L'un deux foudain s'écrie : ah ! le voilà.

Qui ? faint François ! où ? fur l'eau , là-bas , là

Tenez, voyez vis-à-vis de la poupe.

Sur le tillac aufli-tôt on s'attroupe.

Oui, c'eit, dit-Dn, vraiment un cordelier*

C'en eft bien un , le fait eft fingulier.

En pleine mer , un homme , n'en déplaife ,

Qui paroît même être là fort à l'aife.

C'eft, s'écrioit un moinillon fervent,

C'eft ce grand faint qu'à la merci du vent i

Dans le péril , ingrats , vous réclamâtes ^

Mon œil d'ici diftingue les ftigmates.

Je vois, je vois l'ange exterminateur

Le bras levé fur le profanateur :

Tremblez , méchans. La frocaille en tumulte

PafToit déjà de l'efpoir à Pin fuite.

La foldatefque incertaine, tout bas,

Se demandoit : Peft-ce ? ne Peft-ce pas ?

La nuit lai(Ta leur ame irréfoîue j

L'indévot crut avoir eu la berlue ,

Et du foleil attendoit le retour :

Il reparoît. On revoit tout le jour

Le même objet à pareille diitance»

diverses» 35

Lors le relaps incline à pénitence,

C'eft faint François, qui pourroit- ce être donc!

Voilà des gens penauds , s'il en fut onc.

Le commandant, dont la vifiere eft nette ,

Pour le plus fur met l'œil à la lunette ,

Et dît t ma foi, vous ne vous trompez point s

Je vois capuche & froc , c'eft de tout point

Un cordelier bien vif, bien à la nage ,

Voulant venir peut-être à l'abordage 5

II faut l'attendre. Holà ! ho ! le grapin.

Chacun fe figne, au cri du turlupin 5

D'horreur le poil en drefie à tout fon monde §

L'objet s'enfonce difparoît fous l'onde.

A rinftant foufBe un vent plus que gaillard ,

Et, fût-ce un coup du ciel ou du hafard ,

Vous en allez favoir le pour & contre.

Tout au plus près le nageur fe remontre;

Le grapin tombe , accroche & tire , qui ?

Etoit-ce bien un cordelier ? Nenni :

Car de par dieu j fa mère , 8t faint Antoine i

Jamais l'habit ne fit fi peu le moine.

C'étoit au vrai l'habit d'un francifeain ,

Mais fous lequel ne gifîbit qu'un requin,

PoifTon goulu , vorace , anthropophage ,

Poiflbn béant , poiifon pour tout potage 5

Mais un poifTon frocqué : par quel hafard ?

Vous avez vu noyer père Grichard j

Figurez-vous ce requin qui le gobe ,

i& Poésies

Non pas avec , mais par-defibus fa robe*

Des pieds au cou tantôt il fut grugé -7

Et là du tronc la tête prit congé.

Le froc alors préfentant l'ouverture ,

Avoit du monftre embeguiné la hure ,

Et de ce jour, quêteur humble & gourmand,

Frère requin fuivoit le bâtiment.

TIRLIBERLY.

Conte.

JUISE couchée , au retour de l'églifè ,

Difoit à Jean : mon Dieu , le bel outil l

Quel eft fon nom? Tirliberly , dit-il.

Tirliberly fera vraiment , dit Life ,

Dorénavant mon bijoux favori.

Tirliberly mit toute fon entente

A bien ouvrer, tant qu'en peu dépéri ?

Jean fe fouvint qu'il avoit une tante ,

Et s'embarqua pour le Pondichéry.

Au bord de l'eau , grands adieux 5 on s'embrafle i

Propos de femme & fadeurs de mari :

Life au revoir , Jean , mon ami, de grâce ,

LahTe-le moi. Quoi ? le tirliberly.

L'homme eut beau dire, & beau rire, 6c beau faire7

S'il ne le lahTe, il ne partira point.

Life Ta dit : donc pour la fatisfaire ,

Jean fouille 8c prend par-deffous fon pourpoint

N'importe quoi 3 tout ce qui vint à point ,

Propre à donner le change à l'ingénue }

Quoi que ce fût : tiens, dit-il , le voilà 5

Cours après , cherche , ÔC ce difant , il rue

Ce qu'il tenoit , dans l'herbe haute & drue :

Puis fur-le-champ monte en mer & s'en va.

Or n'ayez peur que fïmple ou trop honnête 5

Life , à tourner incetfamment la tête

Vers le vaiifeau , gagne un torticoli :

Ce n'eft le point où fon efprit s'arrête ;

Tout fon penfer vife au tirliberly.

One on ne vit chien plus âpre à la quête :

Vaine recherche ! elle ne trouve rien.

Dieu fait l'angoifTe. O douleur fans pareille !

Las ! j'ai perdu le plus beau de mon bien %

Tirliberly / que ma voix te réveille ;

Pardeflus l'herbe à mes cris , levé toi.

A mon afpecl: tu croifibis à merveille,

Et tu femblois avoir des yeux pour moi.

Tirliberly , feras-tu fans oreille ?

A ce haut cris dans les airs épandu ,

Sort de la roche un jeune anachorette ,

Frais comme rofe, 6c qui fous fa jaquette

A plus 6c mieux jque Life n'a perdu.

Père , aidez moi , dit la belle éplorée :

Vous me voyez pis que défefpérée

3$ Poésies

Pour un bijoux dans l'herbe enfeveli; Bijoux, vraiment qui pafte le joli.

Sans lui je meurs , fans lui rien ne m'agrée | Il me valoit lui feul tout l'empyrée.

Ci bijoux rare a nom tirliberly :

Savez que c'eft, fi connoiffez la pompe De ce bas monde : hélas ! un mal- adroit Me l'a fait perdre , & fi je ne me trompe Il eft tombé non loin de cet endroit.

Tenez , cherchons $ nous y voici tout droit» Mu de pitié, le pauvre folitaire Tout bonnement cherche & cherche à tâton Sans favoir quoi. Tel un vifionnaire Cherche le jour dans la nuit de Newton ? Qu fi l'on veut , tel un favant Breton ( * ) , Grand fcrutateur de forme planétaire , Deflbus le pôle , en cherche une à la terre* De charité le jeune homme rempli, Met donc le front & le nez dans les herbes , Et retrouffé jufqu'au tirliberly En laiife voir un tout des plus fuperbes. L'appercevant , Life jette un grand cris : Ah, le voilà l l'hermite fe redrefFe , Et prenant part à fa vive allégreife , Demande à voir un bijoux fi chéri.

Life lui dit : vous l'avez, ÔC le preife De le lui rendre. A cela l'homme fains (*) Ni% de Maupertui^

Rcfle muet. Elle infïfte, il fe plaint

D'un tel foupçon , ÔC confent qu'on le fouille,

Life y procède 6c faute à la quenouille

Avec laquelle Eve nous a filés.

Gens au défert par la grâce exilés ,

Antoines , Pauls , Hilariens , Arfennes ,

L'efprit malin vous a bien fait des fiennes ,

Convenez-en ; mais n'en fûtes jamais

Si lutines , ni ferrés de fi près.

Tirliberly trahit enfin fon maître ,

Le jouvenceau fuccombe innocemment.

Life innocente encore en ce moment,

De fà main propre emprifonne le traître ,

Et d'innocence en innocence, ainfî

Jean fut très -Jean , mais Life en fut auflî

Bien plus favante , apprenant de ceci

Qu'un mari peut aller à la campagne ,

Sans pour cela, qu'en ce fiecle poii ,

A la maifon fa charmante compagne

Demeure oifive ou fans tirliberly ,

Et que fouvent, loin d'y perdre , elle y gagne.

40 Poésies

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jlvjjlarc une béquille avoit Faite en fourche , &C de manière , Qu'à-la-fois elle trouvoit L'œillet & la boutonnière.

D'une indulgence pleniere Il crut devoir fe munir , Et courut , pour l'obtenir , Conter le cas au faint père , Qui s'écria : Vierge Mère i Que ne fuis- je ainfï bâti?

Va , mon fils , baife , profpere j Gaudeant bcne nati.

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