‹ Poésies diversesChapitre 2 sur 47 · H NOTICE · texte numérisé non relu

H NOTICE

V auteur du Roman comique passa vingt ans de sa vie rivé à son fauteuil, les jambes recroquevillées, les bras ankylosés, le cou tors. Et, en vérité, cette situation serait pitoyable si Scarron, à force de se railler lui-même, n'était arrivé à la rendre presque gaie. A Ventendre rire de ses malheurs, on ne peut que rire aussi, et son pauvre corps rabougri qui n'aurait pas manqué de faire naître notre pitié, nous apparaît non plus comme une chose profondément douloureuse, mais bien plutôt comme une chose grotesque. Non seulement le génie satyrique de Scarron a su farcir de burlesque toutes ses œuvres, il est parvenu encore à mettre de la bouffonnerie jusque sur lui-même qui était cependant le sujet le moins désigné et le moins prédisposé pour ce genre d'esprit. Cela est d'autant plus curieux que Scarron n'avait pas toujours été ce « raccourci de la misère humaine », il avait eu « la taille bien faite, quoique petite », et les salons, les tripots et les théâtres l'avaient vu faire des grâces en débitant des fadaises aux femmes faciles. Le souvenir du bon temps passé aurait pu exciter sa bile, le rendre grincheux, pessimiste et aigre à l'égard de ceux à qui la santé et la fortune avaient souri. Mais non, infirme et pauvre^ il conserva toujours sa verve, son esprit, sa gaîtéet une humeur égale. Comme dit Balzac : n'est-ce pas un beau prodige ?\...

Issu d'une vieille famille piémontaise qui compta un certain nombre de magistrats et un évêque, Scarron naquit à Paris, le 4 juillet 1610. 77 était fils de Paul Scarron, conseiller à la Grand' Chambre et de Gabrielle Goguet nièce de l'historien La Popelinière. (1) Son père devenu veuf, en 1613, se remaria avec Françoise de Plaix, femme acariâtre, dont il eut quatre enfants. Lui-même avait un caractère exécrable et il était d'une bigoterie telle, qu'on l'avait surnommé l'Apôtre. A l'instigation de sa belle-mère, le petit Paul fut tout d'abord envoyé chez des parents qui habitaient Charleville ; lorsqu'il en revint, au bout de deux ans, on s'en débarrassa à nouveau, en le

(1) Paul Scarron et Gabrielle Goguet eurent huit enfants dont trois seulement survécurent : Anne, Françoise et Paul, notre poète.

SUR SCARRON U

confiant à des magisters qui se chargèrent de son instruc lion. Enfin, sa marâtre ayant décidé qu'il serait d'Eglise, en 1629, il fut ensoutané, comme il dit. Bien tourné, V esprit vif, ce fut un charmant petit abbé, un de ces petits abbés comme cette époque en vit tayit éclore. Poudré, parfumé, frêle et galant, il va de salon en salon, court les ruelles, les tripots, joue, fréquente les coulisses des théâtres, fait l'amour ici, là et partout. Ses compagnons de plaisir « sont Voiture, Rotrou, Georges de Scuiéry, Tristan VHer mite etc.. Il fréquente chez Marion Delorme,... bref, le petit Scarron s'adonise, pour employer l'expression de Bruzen de la M artinière, un de ses biographes. Et il aurait mené cette agréable vie sans doute longtemps encore, si sa bellemère n'était brusquement intervenue. Haineuse et avaricieuse, lasse de voir son mari subvenir aux frasques de l'abbé, elle n'eut pas de peine à démontrer qu'à baguenauder au théâtre, à traîner les foires et les cabarets, à faire compagnie de filles et de poètes mendiants on ri acquiert peu de réputation et encore moins d'argent. Paul Scarron, le père, se rendit à ces arguments et bientôt, sur ses démarches, l'abbé fut attaché à la personne de Charles II de Beaumanoir, évêque du Mans. Le cœur serré, notre Scarron dut s'acheminer vers la « capitale des chapons » où il allait rester sept ans avec, toutefois, une interruption de séjour assez longue lorsqu'il accompagna son évêque à Rome, à la suite d'une ambassade conduite par Richelieu. Ce fut au Mans qu'il connut Marie de Hautefort,la platonique amante du platonique LouisXIII* qui devait être pour lui une protectrice dévouée et à laquelle il a dédié tant de vers. Au Mans encore qu'il rencontra les principaux types de son Roman Comique : Destin, la Caverne, la Rancune et le sieur de la Rappinière, et le grotesque Ragotin, et la divine l'Etoile, fille

modeste et d'humeur douce Tous ces beaux héros,

il les vit, il fut mis au courant de leurs vertus, de leurs vices et de leurs ridicules, il leur fit une place dans sa mémoire, et, lorsqu'il rédigea son roman, il les y fit entrer tout vivants en prenant tout juste la peine de troquer leur nom véritable contre un autre qui fut comme la

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