‹ Poésies diversesChapitre 24 sur 47 · REVELATIONS · texte numérisé non relu

REVELATIONS

Sur les bords que l'Inde lave Au balcon de l'Orient,

L'aurore d'un front riant S'étalait pompeuse et brave ; Dans son char le vieil Thiton Jetait sur son beau téton Une œillade de satyre, L'aurore le regardait, Et pour s'empêcher de rire, Ses belles lèvres mordait.

Ce jour-là son cher Céphale, Avec hurlements et cris, Mit son épouse Procris Dans un monument d'opale ; Les deux prêtres de Memphis, Tant le père que le fils, Couverts de noires soutanes, Firent en ce triste jour, Au son des deux sarbacanes, Les obsèques de l'Amour.

Jupiter, la chose ouïe, Ne voulut plus différer ; Car à quoi bon enterrer Une fille évanouie.

Là-dessus un gros monsieur, Voulant faire le rieur, Parla de Constantinople ; Mais le Bâcha de Damas, Lui dit : tête de sinople, Tu ne te tairas donc pas ?

Cependant la belle Flore, Et le gentil Adonis, Dans une bo.te d'anis, Nourrissaient un sicomore ; Vulcain qui les regardait, Et qui ses regards dardait D'une épouvantable sorte, Se tournant vers les Titans,

Leur cria : fermez la porte, Voici venir le printemps.

A son cri, dame Erytrée

Mit la tête en un pertuis,

Le dieu Morne ferma l'huis

Sitôt qu'elle fut entrée ;

Il fut pris, il fut battu ;

On lui demanda qu'as-tu ?

Mais il ne sut que répondre :

Un demi-dieu s'écria,

Point de grâce, il le faut tondre ;

Là-dessus, on le lia.

A ce grand coup de tonnerre, Son infante Mouche à fiel S'en alla chercher du miel En une étrangère terre ; Les satyres boutonnés De ce miracle étonnés Chantent l'hymne des abeilles ; Et les nymphes des ruisseaux, Par les yeux et les oreilles, En jettent des arbrisseaux.

Lors le roi des Argonautes, Habillé de drap d'Usseau, Faisait panser son vaisseau Qui s'était brisé les côtes ; Puis malgré les Albigeois, Suivi de mille Grégeois, Ravagea toute l'Afrique ; Et du fleuve aux sept canaux, S'en alla faire la nique Au parti des Huguenots.

Un des chefs de l'assemblée

N'opina que du bonnet ;

Ce discours n'était pas net ;

L'assistance en fut troublée.

On parla du feu sophi ; Le vieux Caton cria fi !

Il avait l'haleine forte ; La dame aux pâles couleurs, Avec sa bouche torte, L'appela roi des voleurs.

Il fut dit qu'Erésipèle, Assisté du mal caduc, Interrogerait le duc, Qui s'enfuit quand on l'appelle ; Son médecin Hypocras, D'un justaucorps assez gras Lui frotta longtemps l'épaule :

Puis au lieu d'un recipé, Lui lut Amadis de Gaule, Dont il fut déconstipé.

Cela fait, sa sœur Urgande \ Voyant qu'il était pansé,

Alla voir son fils blessé Pour lui faire réprimande ; Elle le réprimanda, Le gronda, lu; demanda, Le conjurant par son père Combien il avait de coups ; Trois, dit-il ; Elle en colère, Sot, que ne les pariez- vous ?

Lors s'acheva la satire Contre les vieux courtisans :

Et C3ntre les médisants, Qui n'ont pas le mot pour rire ; Contre les godelureaux ; LVfoitié singes, moitié veaux ; Les faiseurs de mauvais contes ; Les renifleurs de petun ;

Et tous les marquis et comtes, Depuis l'an mil six cent un.

Ceux qui lisent leurs missives, En dépit que l'on en ait, Ceux de qui le dentier net Se fait voir jusqu'aux gencives,

Y furent bien têtonnés Les Cupidors déchaînés, Qui n'ont pitié des donzelles, Non plus que des ennemis, Avec les gobenouvelles,

Y furent en beaux draps mis.

Jupiter trouva l'ouvrage Digne d'un homme de cœur.

Et fit présent à l'auteur D'une poire et d'un fromage ; Et sans songer au passé, Car il avait, l'insensé, Une vestale pollue, L'anoblit, et lui donna Pour armes une molluë, Dont un chacun s'étonna.

Saturne y pensa bien battre, Au moins se fâcha-t-il bien, Contre un grand diseur de rien, Qui parlait autant que quatre ; Un homme à la tête d'ours, Fit un fort docte discours Contre les haleines fortes ; En accusa force gens ; On fit faire garde aux portes, Et la visite des dents.

Lors l'on vit paraître en Terre

Des prodiges bien nouveaux ; ^

La princesse des Naveaux

Eut un enfant du tonnerre ; Tarquin voyant si beau jeu, Courut le visage en feu Après une étoile nue ; Et Phœbus en caleçon, Après la lune cornue Fit bien du mauvais garçon.

De la terre Hyperborée

Sortit la nymphe aux yeux verts,

Dont les cheveux de travers

Font la ceinture dorée ;

Pour lui plaire, Phaéton,

On le dit ; mais que sait-on ?

Se guinda sur l'Hémisphère ;

Mais il se cassa le cou,

De quoi monseigneur son père

Pensa bien devenir fou.

Aux bords que la Seine lave

Un peu plus bas que Paris,

Où les champs toujours fleuris

Ont palissades de rave ;

Une dame au teint passé,

De son grand miroir cassé

Pleurait la mésaventure,

Lorsqu'un homme aux longues mains

Lui fit voir en miniature

L'infirmité des humains.

Sous la ligne horizontale, Entre Japhet et Syon, L'incomparable Ixion Pleurait son ami Tantale ; Tantale qui l'aime tant, D'autre part le regrettant, Lui dit ces douces paroles ; Cousin, ne t'afflige pas,

Car quoi que tu me consoles, Je désire le trépas.

L'impiété détournée,

Et mise dans un donjon,

Fit peur, non pas du pion j on,

Mais du feu sans cheminée ;

Lors le sanglier écumant,

Et de colère fumant,

Tomba mort sous JVLk'agre ;

Sa mère dame Alison,

Lui dit, malheureux Podagre,

Je brûlerai ton tison.

Lors il s'écria bel ange Des simples et des métaux, Et pour qui les végétaux, Se ruinent en fleurs d'orange, L'aquatique Polémon, De son siège de limon, Jure qu'il vous idolâtre ; Et que vous avez grand tort De le battre comme plâtre, Lui qui vous aime si fort

A MADAME RADIGUE

POUR LA REMERCIER d'iN POT DE COINGS RONDEAU REDOUBLÉ

Votre laquais vert, jaune, ou gris, 0 dame toute libérale, M'a présenté votre régale, C'est pourquoi ce rondeau j'écris.

Un matin ma servante à cale, Aussitôt que les yeux j'ouvris,

Fit entrer dans ma chambre sale, Votre laquais vert, jaune, ou gris.

Vos beaux coings confits il m'étale, En faisant un petit souris :

Où diable les avez-vous pris ?

O dame toute libérale.

Ce ne sont pas fruits de la halle, Et leur beauté m'a bien surpris,

Quand ce laquais des mieux appris, M'a présenté votre régale

0 que n'ai-je un bijou de prix,

Pour vous envoyer chose égale,

Mais j'ai beau chercher dans ma malle,

C'est pourquoi ce rondeau j'écris.

Je vous aime d'amour loyale, Homme de son corps entrepris, Peut de votre mérite épris, Se dire tout haut sans scandale, Votre.

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